"La pire situation humanitaire au monde" : au Yémen, la famine pourrait toucher 14 millions de personnes

"75 % de la population yéménite a besoin d’une aide et de protection", rapporte le responsable des affaires humanitaires à l’Onu.

© Giles Clarke/UN OCHA/Getty Images

Si la tendance actuelle devait se poursuivre, jusqu’à quatorze millions de personnes pourraient être en situation de "pré-famine" dans les mois à venir au Yémen, estime dans une récente note interne le Secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock.

"La situation humanitaire au Yémen est la pire au monde. 75 % de la population, soit 22 millions de personnes, ont besoin d’une aide et de protection, dont 8,4 millions sont en situation d’insécurité alimentaire grave et dépendent d’un apport en nourriture urgent", souligne M. Lowcock dans ce document datant du 18 octobre et remis aux quinze membres du Conseil de sécurité.

"Dans le pire cas, ce chiffre de 8,4 millions pourrait augmenter de 5,6 millions, mettant le nombre total de personnes au Yémen en conditions de pré-famine à 14 millions", précise le responsable qui doit faire mardi 23 octobre un exposé devant le Conseil de sécurité sur la situation humanitaire dans le pays.

"La crise est directement liée au conflit"

Le 16 octobre, le Programme alimentaire mondial (PAM) a fait part de sa crainte que jusqu’à douze millions de personnes puissent être touchées par la famine dans les mois à venir. "La crise alimentaire au Yémen est directement liée au conflit" qui sévit dans le pays, ajoute Mark Lowcock dans son document vu lundi par l’AFP.

À cet égard, il cite une augmentation de 45 % du prix de l’essence et une dépréciation du rial "de 47 % par rapport au dollar". "Depuis septembre, il a perdu 20 % de sa valeur" et "l’impact de cette dépréciation affecte chaque famille au Yémen", précise-t-il.

Pour le Yémen, "la plus vaste opération humanitaire est en cours", poursuit-il, en indiquant que "plus de 200 partenaires apportent aide et protection" via un plan humanitaire international.

Pour faire face à la crise, la poursuite de dons généreux est capitale, tout comme le maintien et même le développement des importations via tous les ports, souligne aussi Mark Lowcock.

Depuis 2015, le Yémen est soumis à une guerre opposant les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, qui contrôlent le port de Hodeida ainsi que la capitale yéménite Sanaa, à une coalition arabe sous commandement saoudien qui défend le gouvernement réfugié à Aden, dans le sud du pays. En plus de trois ans, le conflit a fait près de 10 000 morts, selon l’ONU.

Konbini avec AFP