À la nage, avec un fax ou en hélico : les cinq évasions françaises les plus marquantes

Certains prisonniers ne manquent pas d’imagination pour retrouver leur liberté. Retour sur cinq évasions françaises qui rivalisent d’inventivité.

Scène d’évasion générale suite à une faille de sécurité dans la série Orange Is the New Black. (© Netflix)

  • Redoine Faïd : 10 minutes et un hélicoptère

Dimanche 1er juillet, 11 h 20. En moins de dix minutes, le braqueur récidiviste Redoine Faïd s’est évadé de la prison de Réau, en Seine-et-Marne, par les airs, stupéfiant la France entière. Un hélicoptère est venu chercher le quadragénaire lors d’une opération très bien préparée par un commando armé.

Redoine Faïd était placé en isolement et a été condamné en avril dernier à 25 ans de prison pour une tentative de braquage qui avait coûté la vie à une jeune policière municipale, Aurélie Fouquet, en 2010. La scène de son évasion a été filmée par un codétenu depuis sa cellule.

Le pilote de l’hélicoptère a été pris en otage par trois hommes armés, qui l’ont obligé à survoler la cour d’honneur de la prison, dénuée de filet anti-intrusion. Après avoir lancé des gaz lacrymogènes, obligeant les surveillants désarmés à se reclure, deux des hommes ont sauté de l’hélicoptère et se sont introduits dans la maison d’arrêt.

Redoine Faïd était alors au parloir avec son frère (qui a depuis été placé en garde à vue). Le commando a emprunté un chemin d’intervention réservé aux surveillants, a découpé la porte à la disqueuse et a emmené le prisonnier jusqu’à l’hélicoptère.

Après l’opération, l’hélicoptère a été abandonné et brûlé à Gonesse, dans le Val d'Oise, à une soixantaine de kilomètres de la prison. L’homme en cavale est ensuite monté à bord d’une voiture avec ses complices. Le véhicule sera également retrouvé incendié sur le parking d’un supermarché à Aulnay-sous-Bois.

L’équipe en fuite est montée à bord d’une fourgonnette blanche et a pris la direction du Val-d'Oise. Depuis, Redoine Faïd n’a pas été localisé et toute trace a été perdue. Le ministère de l’Intérieur a affirmé que tous les moyens avaient été saisis pour retrouver le fugitif, mobilisant près de 3 000 membres des forces de l’ordre.

Redoine Faïd avait déjà tenté une évasion avec prise d’otages en 2013. Il y a quelques années, il s’était même payé le luxe de faire une apparition au Grand Journal, où il se disait repenti. "J’ai tourné la page, et maintenant c’est mieux comme ça", disait-il sans sourciller sur le plateau télé, où il était venu faire la promo d’un livre.

  • Jean-Pierre Treiber : à côté, "Koh-Lanta, c’est du pipi de chat"

En 2009, Jean-Pierre Treiber est le suspect numéro un dans une affaire de double meurtre qui effraie tout l’Hexagone depuis cinq ans. En 2004, Géraldine Giraud et Katia Lherbier sont retrouvées mortes au fond d’un puisard dans le jardin du suspect. Malgré de nombreuses preuves contre lui, il continue à clamer son innocence.

Alors qu’il est en détention préventive à la prison d’Auxerre en attendant son procès prévu en avril 2010, il parvient à s’évader en se cachant dans un carton, qui sera ensuite chargé dans un camion à destination de l’Yonne. Le chauffeur n’a rien remarqué jusqu’à ce qu’il observe "un trou dans la bâche et des cartons écrasés".

L’ex-garde forestier va ensuite narguer la police durant sa cavale, qui durera deux mois. Il envoie des photos et des lettres à différents médias et aux forces de l’ordre. "Ils n’imaginent pas ce que je dois faire pour vivre. Koh-Lanta, c’est du pipi de chat à côté de ce que je fais", raconte-t-il dans un courrier envoyé à Paris Match :

"Ils m’ont coursé, mais dès que je me suis engagé dans les ronciers, leur courage s’est arrêté net. Il faut dire qu’il faisait nuit et qu’ils ont plus l’habitude de promener leur flingue dans les rues que de suivre les gens la nuit dans les forêts touffues."

Jean-Pierre Treiber se fera prendre par excès d’orgueil : alors qu’un de ses complices deale une interview exclusive avec un grand média, la police est mise au courant et retrouve sa trace. Elle l’arrête alors qu’il se cache dans un appartement à Melun, en région parisienne. Tout le monde le croyait caché dans les bois.

(© Julien Hekimian/Getty Images)

  • Ismaël Berasategui Escudero : son frère prend sa place, tout le monde n’y voit que du feu

Les frères Michael Scofield et Lincoln Burrows de la série Prison Break. (© Fox)

Certains trichent au bac en envoyant leur frère à leur place, d’autres parviennent à s’évader de prison avec la même technique. Ce fut le cas d’Ismaël Berasategui Escudero, incarcéré à la prison de la Santé à Paris et membre de l’organisation séparatiste basque ETA, et de son frère, de 18 mois son cadet.

Août 2002. Dans le plus grand des calmes, Jose-Antonio Berasategui rend visite à son frère Ismaël Escudero au parloir avant de prendre sa place. Ismaël sort alors tranquillement de la prison, malgré le marquage à l’encre détectable aux rayons ultraviolets qu’il porte et que l’on impose aux détenus.

Cette procédure, censée éviter les substitutions, est effectivement peu fiable, comme le rappelle Libération. "Il est fort possible qu’ils aient amené avec eux de quoi reproduire le marquage de l’encre et l’effacer", a avancé à l’époque le directeur de l’établissement, selon La Dépêche.

Personne ne se rendra compte de la mascarade jusqu’à ce que Jose-Antonio Berasateguiet, qui "ressemble fortement" à son frère, finisse lui-même par signaler qu’il n’est pas Ismaël. Ce dernier sera pour sa part interpellé moins de six mois plus tard à Estialesq (Pyrénées-Atlantiques).

  • Mariani, Costa et Santucci : une sortie par la grande porte, et en toute légalité

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Simple comme bonjour. Pas de tunnel, d’hélicoptère ou de course-poursuite, mais un fax. Le 31 mai 2001, Francis Mariani, Maurice Costa et Pierre-Marie Santucci, des bandits corses détenus depuis juillet 2000 pour une affaire de racket et tous fichés au grand banditisme, sortent de la prison de Borgo, en Haute-Corse.

Sans heurt ni blessé, les comparses quittent le centre de détention… avec l’autorisation de l’administration. Et pour cause : des complices des trois hommes ont envoyé à la prison un fax à en-tête du tribunal de grande instance d’Ajaccio donnant l’ordre de les libérer. On prendra conscience de la fraude quatre jours après.

La manœuvre était tellement habile que lors que M. Mariani, décédé depuis, sera interpellé huit mois plus tard, on ne pourra lui imputer les faits de faux et usages de faux, ce qui lui a permis de bénéficier d’un non-lieu. Comme l’expliquait à l’époque son avocat à Corse Matin :

"Francis Mariani n’a commis aucun faux dans cette affaire. Il n’en a pas davantage fait usage, puisqu’il n’a jamais eu ce document entre les mains.

En fait, le juge d’instruction s’est heurté à un mur procédural. Il a donc suivi les réquisitions de non-lieu du parquet. Il n’y avait aucune infraction à reprocher à Mariani dans ce dossier."

  • Philippe Dufossé : se faire passer pour un "touriste en bermuda" puis fuir à la nage

© Wikimedia Commons

Moins spectaculaire mais pour le moins originale, la cavale de Philippe Dufossé n’a rien à envier aux quatre précédentes. Le 28 juillet 2004, le jeune homme de 22 ans, incarcéré à la prison de Saint-Martin-de-Ré pour une "tentative d’homicide particulièrement sauvage" sur une personne âgée selon Le Parisien, s’évade.

Pour ce faire, il se cache sous un camion qui sort de la prison. D’abord pris en stop par un automobiliste, il se cache ensuite dans un buisson puis vit "comme un touriste en bermuda". Sa technique : se fondre dans la masse dans une île envahie par les vacanciers sous le soleil de juillet.

"J’y étais depuis trois ans, j’ai eu envie de prendre l’air", déclarera-t-il plus tard et le plus simplement du monde, lors de son audition devant les juges. Lorsqu’un policier manque de le confondre, il parvient à s’en sortir. Il racontera, plus tard, à ce sujet :

"Un policier municipal s’est approché, m’a examiné, et m’a dit que je ressemblais beaucoup à la personne que tout le monde recherchait. J’ai dit : 'Non, non, je suis au camping d’à côté avec mon oncle et ma tante.' Il y avait un couple qui passait derrière, je leur ai fait signe du bras. Ils m’ont répondu, ça m’a rassuré."

Il sera ensuite reconnu sur une plage et décide de s’enfuir à la nage. Une "nage-poursuite" assez improbable d’un kilomètre se met alors en place. L’un des gendarmes dépêchés sur place pour prendre part à son interpellation racontera à Sud Ouest :

"Un peu à la manière de chiens de berger avec des moutons, nous avons fini par l’encadrer à 600 mètres de la plage, en attendant qu’un bateau réquisitionné vienne nous repêcher. L’évadé n’était plus agressif, il savait que c’était foutu pour lui. Mais il était temps, nous luttions contre les courants et je commençais sérieusement à fatiguer."

Au terme de cette chasse à l’homme qui aura tout de même duré trois jours, l’un des gendarmes responsables de l’arrestation aura droit à une "ovation en slip" à son retour sur le rivage : "Mes collègues avaient préféré nager en pantalon, moi j’ai eu droit à une ovation en slip…" On espère que son arrivée sur la plage ressemblait à peu à ça :

© Four by Two Films