Affaire Benalla : Gérard Collomb estime que ce n’était pas à lui de saisir la justice

Interrogé en commission d’enquête à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a assuré qu’il n’était pas de son ressort de saisir la justice, même s’il a eu connaissance des faits concernant M. Benalla dès le 2 mai dernier.

(© Aurélien Meunier/Getty Images)

Lundi 23 juillet, Gérard Collomb a indiqué avoir été informé le lendemain des faits de l’existence de la vidéo sur laquelle on voit Alexandre Benalla frapper et malmener des manifestants, le 1er mai à Paris.

"Ce n’est qu’en rentrant en début d’après-midi [le 2 mai] que, lors de l’un de nos points de situation quotidiens, mon directeur de cabinet et mon chef de cabinet m’informent de l’existence d’une vidéo montrant des faits de violence sur la place de la Contrescarpe", a affirmé le ministre de l’Intérieur, entendu par la commission des lois de l’Assemblée nationale, dotée de prérogatives d’enquête sur l’affaire Benalla.

Mais, a-t-il estimé, ce n’était pas à lui de saisir la justice de ces faits :

"Ce n’est pas au ministre qu’il appartient de le faire. […] Je considère que c’est à ceux qui sont en responsabilité dans leurs administrations, au plus près du terrain, de recueillir les éléments permettant de justifier la transmission d’un signalement au titre de l’article 40 et de le faire."

Cet article du code de procédure pénale impose à tout fonctionnaire de signaler un délit au procureur quand il en a connaissance.

"Il leur appartenait d’agir"

"Je m’étais assuré le 2 mai que, tant le cabinet du président de la République que la préfecture de police, avaient été destinataires de l’information de la vidéo mettant en cause M. Benalla. Il leur appartenait donc d’agir. C’est la règle pour tous les manquements", a-t-il continué.

Les vidéos montrant Alexandre Benalla, un proche collaborateur du chef de l’État, en train de frapper et malmener des manifestants le 1er mai à Paris, alors qu’il accompagnait les forces de l’ordre en tant qu'"observateur" (mais avec brassard et casque de policier), ont de sérieuses répercussions politiques, allant jusqu’à paralyser l’Assemblée.

Devant la commission des lois, M. Collomb a aussi déclaré qu’il ignorait qu’Alexandre Benalla était conseiller à l’Élysée, et qu’il n’avait pas été prévenu de la présence, lors de la manifestation du 1er mai, de deux observateurs aux côtés des policiers.

Alexandre Benalla, conseiller de 26 ans — dont le licenciement a été annoncé vendredi dernier —, l’employé de LREM Vincent Crase, qui l’accompagnait, et trois hauts gradés de la police, soupçonnés d’avoir transmis à M. Benalla des images de vidéosurveillance de l’incident, ont été mis en examen dimanche soir : les deux premiers notamment pour "violences en réunion", et les trois policiers notamment pour "violation du secret professionnel".

Dimanche soir, l’entourage d’Emmanuel Macron, resté silencieux depuis le début de la crise, a fait savoir que le chef de l’État jugeait "inacceptables" les faits reprochés à M. Benalla, tout en promettant qu’il n’y aurait "pas d’impunité".

Konbini avec AFP