Navire Lifeline : "Ce n’est pas de la viande que nous avons à bord, mais des êtres humains"

Après le refus de l'Italie d'accueillir le navire humanitaire, c'est sur les côtes maltaises que le Lifeline va débarquer.

© Hermine Poschmann/Mission Lifeline)

"Si Orban est méchant, Macron est quinze fois plus méchant" : entre le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini et le président français, le ton est donné. Depuis la vive polémique provoquée par la crise de l’Aquarius, les échanges d’amabilités concernant l’accueil des migrants sont nombreux. Et cela ne risque pas d’aller en s’améliorant.

Cette fois-ci, ce fut au tour du navire Lifeline, avec à son bord 234 migrants secourus en Méditerranée, d’être immobilisé au large des côtes maltaises. Le bateau, affrété par une ONG allemande, était bloqué en mer depuis maintenant six jours. Et chacun est resté campé sur ces positions.

Pour sa part, Matteo Salvini a rapidement réagi et avait été clair : "ce bateau ne verra l’Italie que sur une carte postale parce qu’il y a des règles". Lors d’une conférence de presse lundi 25 juin, Matteo Salvini a réaffirmé qu’il refusait de le laisser accoster sur ses côtés. L’ONG lui avait alors adressé un message :

"Cher Matteo Salvini, ce n’est pas de la viande que nous avons à bord, mais des êtres humains.

Nous vous invitons cordialement à vous convaincre qu’il s’agit de personnes que nous avons sauvées de la noyade. Venez voir, vous êtes le bienvenu !"

"Les conditions hygiéniques à bord sont au-delà de toute limite avec des dizaines de personnes touchées par le mal de mer", écrit mardi le quotidien La Repubblica. "À bord il n’y a pas de toilette chimique, trois petits W.-C. en mauvais état que tout le monde utilise. Le commandant du navire a ouvert ses toilettes mais seulement pour les 44 femmes et les enfants, et il faut faire une longue queue", poursuivait le quotidien, témoignant de l'urgence à trouver une solution.

"Une solution européenne semble se dessiner"

Mardi 26 juin, le porte-parole du gouvernement français Benjamin Griveaux était invité sur RTL. Il y a déclaré : "Le président de la République s’est entretenu hier avec le Premier ministre maltais, et à l’heure où je vous parle, une solution européenne semble se dessiner : [ce] serait un débarquement à Malte". Puis il a ajouté que l’Hexagone était prêt à "envoyer une équipe sur place pour traiter les demandes d’asile".

Le Premier ministre maltais Joseph Muscat, qui avait refusé d’accueillir l’Aquarius, a indiqué dans la matinée qu’il travaillait depuis 48 heures à "trouver une solution". Il blâme le capitaine du Lifeline, dont il qualifie le comportement d'"irresponsable" pour avoir "ignoré les instructions italiennes données en accord avec le droit international".

Un peu avant 14 heures, le Premier ministre italien a fait savoir que le LifeLine allait pouvoir accoster à Malte. "Je viens d'avoir le président [maltais] Muscat au téléphone: le navire de l'ONG Lifeline accostera à Malte", a déclaré Giuseppe Conte, cité dans un communiqué officiel, ajoutant que "l'Italie accueillera une partie des migrants".

Le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, avait proposé lors de la crise de l’Aquarius d’accueillir le bateau dans son île. Cette fois encore, il a publié un communiqué de presse indiquant : "il est clair que les institutions de Corse n’ont pas vocation à avoir des positions différentes lorsque les problèmes sont identiques". "Devant une situation de détresse, la première attitude à avoir est de porter secours", ajoute-t-il.

Il rappelle toutefois qu’il s’agit d’une position "éthique et politique" et que rien ne pourrait se faire sur le plan juridique sans "l’accord de l’administration d’État", ajoutant : "il est important qu'[une] répartition juste et rationnelle soit décidée et appliquée par tous les pays de l’Union".

Le Conseil européen doit se réunir les jeudis 28 et vendredi 29 juin pour tenter de trouver une solution commune face à l’urgence humanitaire qui s’impose.