Avortement : l'Irlande peut choisir la dépénalisation

En mai prochain, les Irlandais seront appelés aux urnes pour décider d'une possible légalisation de l'avortement, aujourd'hui passible de 14 ans de prison ferme dans leur pays.

Manifestation pour le droit à l'avortement, à Dublin, en 2014. (© NurPhoto/Getty Images)

"Le gouvernement a donné son accord pour la tenue d'un référendum qui se tiendra à la fin du mois de mai" : lundi 29 janvier, le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a annoncé la possible légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), proscrite par le 8e amendement de la Constitution irlandaise, après une série de débats parlementaires.

L’accès à l’avortement pour les Irlandaises est uniquement autorisé si la vie de la mère est en danger (et ce depuis 2013). Sinon, c’est quatorze années passées derrière les barreaux, même en cas de viol, d’inceste ou de malformation fœtale. Cela entraîne de nombreuses jeunes femmes à se rendre au Royaume-Uni afin d’y avorter, donnant lieu au développement d'un certain "tourisme abortif". Une situation qui ne peut plus durer pour le chef du gouvernement, qui a déclaré :

"L’avortement existe en Irlande, mais il est peu sûr, échappe à tout encadrement et il est illégal et, à mon avis, nous ne pouvons pas continuer d’exporter nos problèmes et d’importer nos solutions."

Leo Varadkar, lui-même ancien médecin, a fermement pris position sur le sujet et s'est donc prononcé en faveur de la dépénalisation de l'avortement – et donc par conséquent d'une réforme constitutionnelle. Il a expliqué qu'il ferait campagne pour le droit à l'avortement parce que ses "opinions ont évolué avec le temps et l'expérience" :

"Selon moi, il faut décider s’il faut continuer de stigmatiser et de pénaliser nos sœurs, nos collègues et nos amies ou si nous sommes prêts à faire un choix collectif pour exprimer notre empathie et notre compassion."

L'organisation d’un référendum laisse entrevoir un assouplissement de la législation, voire la disparition définitive de cette interdiction constitutionnelle faisant prévaloir "le droit à la vie de l’embryon". En effet, selon un sondage publié récemment, près de six Irlandais sur dix seraient favorables à la légalisation de l'avortement si la grossesse est de moins de 12 semaines.

Et pourtant, en comparaison avec d'autres pays, l'Irlande parait permissive

L'Irlande est loin d'être le seul pays à interdire l'avortement : moins de quatre femmes sur dix disposent d’un accès plein et entier à l’avortement dans le monde. Environ 25 millions d’avortements non sécurisés sont donc pratiqués chaque année, causant 47 000 décès par an. Mais le cas le plus édifiant est vraisemblablement celui du Salvador.

Un rapport d’Amnesty International de 2014 donne des chiffres effarants concernant l’avortement dans ce pays d'Amérique latine, tels que "11 % des femmes et des jeunes filles qui ont subi un avortement clandestin au Salvador sont mortes des suites de cette intervention" ou encore "au Salvador, 57 % des décès de filles enceintes âgées de 10 à 19 ans sont des suicides".

Même en cas d’inceste ou de viol, une Salvadorienne qui avorte risque jusqu’à 30 ans de prison. La législation en vigueur va même plus loin : les fausses couches sont suspectées par les autorités judiciaires d’être des "assassinats". Cette présomption de culpabilité mène de nombreuses jeunes femmes derrière les barreaux. C’est notamment le cas de Teodora.

Hugo Clément et Clément Brelet se sont rendus dans la prison pour femmes d’Ilopango, dans la banlieue de la capitale San Salvador, et ont interviewé cette jeune femme qui purge actuellement une peine de trente ans de prison pour "homicide aggravé" après avoir fait une fausse couche.

Un entretien à retrouver en intégralité sur Konbini News :