Fourrure, cirques, poules en cages… La Belgique fait la chasse à la maltraitance animale

Alors que le gouvernement wallon a adopté un Code révolutionnaire pour le bien-être animal, celui de Flandre vient de voter la fin du gavage et de l’élevage pour la fourrure, soulignant en miroir l’immobilisme français.

(© Tahreer Photography)

"L’animal est un être sensible", stipule l’article premier du Code du bien-être animal, définitivement adopté par le gouvernement wallon le 19 juillet, "c’est-à-dire un être doué de sensation, d’émotion et d’un certain niveau de conscience." En suivant ce mantra, la région belge a fixé 109 articles réformateurs pour nos amis les bêtes.

Mauvais maîtres blacklistés, criminalisés, enfermés

Chez nos voisins wallons, il faudra posséder un permis pour détenir un animal. Celui-ci sera octroyé par défaut à tout citoyen mais pourra être retiré aux personnes reconnues coupables de maltraitance. Une banque de données recensera cette "liste noire" des mauvais maîtres pour s’assurer qu’ils ne puissent plus posséder de compagnons sur pattes.

Ceux qui s’engagent à s’occuper d’un animal devront assurer alimentation, soin et logement adapté à ce dernier ; l’abandon, la négligence, la maltraitance, ou le fait de maintenir un animal perpétuellement attaché, seront interdits et sévèrement réprimés. "Des peines qui peuvent aller jusqu’à 10 à 15 ans de prison et jusqu’à 10 millions d’amende", se réjouit sur RTL Sébastien de Jonghe, directeur d’une association belge de protection des animaux.

L’enregistrement obligatoire des chiens et des chats, également en vigueur en France, permettra en outre de financer la rénovation et la construction de refuges pour animaux.

Région la plus "respectueuse de la vie animale" au monde

Le Code du bien-être animal wallon marque l’arrêt des "hippodromes de kermesses" d’ici 2022 ainsi que les récompenses par animaux lors des loteries, des tombolas et autres concours. Quant aux cirques, ils ne pourront plus compter que des animaux de compagnie.

Le texte encadre également les expériences sur les animaux et interdit celles qui ne sont pas directement corrélées à la santé humaine ou animale ; essais cosmétiques ou tests sur les effets du tabac seront par exemple formellement prohibés sur les bêtes.

Discuté depuis plusieurs mois en Wallonie, ce Code entérine ce que l’Assemblée nationale a échoué à ratifier en France dans la Loi alimentation : l’installation obligatoire d’un système de vidéosurveillance pour "tout abattoir installé en Wallonie" – lequel repose en France sur la base du volontariat –, et la fin des poules pondeuses en cage, qui représentent 68 % de la production dans l’Hexagone. Anesthésie ou étourdissement doivent précéder toute mise à mort d’un animal d’après le texte.

Le gouvernement wallon a également adopté l’interdiction de posséder des cétacés, sonnant le glas des spectacles de dauphins dans la région ; tentative portée en France par le décret "delphinarium" de Ségolène Royal en 2017 et finalement annulé pour irrégularité.

Le Parisien affirme qu’avec ce nouveau texte, qui doit encore être soumis au Parlement, la Wallonie "peut se targuer d’être la région en Europe et dans le monde la plus respectueuse de la vie animale".

La Flandre emboîte le pas

Trois jours après son adoption, le gouvernement flamand a adopté un projet de décret qui bannit d’ici à la fin 2023 l’élevage d’animaux à fourrure. Une interdiction déjà effective en région wallonne depuis 2015 et en région de Bruxelles-Capitale mais seulement "symbolique" d’après Ben Weyts, le ministre flamand du Bien-être animal, "puisque aucune ferme d’élevage d’animaux à fourrure n’est établie ni en Wallonie ni à Bruxelles". Or en Flandre on en dénombre 17 où plus de 200 000 animaux sont tués chaque année, poursuit le ministre par communiqué ; en France, ces élevages sont légaux en dépit de conditions désastreuses mises au jour par l’association L214. Le décret interdit aussi le gavage mais cette technique reste autorisée en Wallonie, pourtant bien plus grosse productrice de foie gras que sa voisine flamande.

À l’échelle européenne, c’est la nomenclature qui bloque : le "foie gras" doit peser au minimum 300 grammes, un résultat qui ne peut s’obtenir que par gavage. La faute, d’après le ministre wallon de l’Environnement et principal artisan du Code du bien-être animal Carlo Di Antonio, à la force du secteur dans certains pays, comme la Hongrie ou la France…