Les curieuses ristournes de la campagne d’Emmanuel Macron, épisode 2

Après Mediapart, c’est au tour de Franceinfo de dévoiler comment Emmanuel Macron a bénéficié de curieux et gros rabais durant la campagne.

Emmanuel Macron en meeting au théâtre Bobino, 6 février 2017. (© Chesnot/Getty Images)

Le 27 avril, Mediapart révélait comment le candidat Emmanuel Macron avait bénéficié d’importantes ristournes, allant parfois jusqu’à un rabais de 50 %, pour des locations de salles de meetings durant la campagne présidentielle. C’est la société spécialisée dans l’événementiel GL Events qui était alors mise en cause, le PDG étant un proche ami du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Cette fois, c’est une enquête de Franceinfo parue jeudi 7 juin qui met au jour bien d’autres cas de rabais considérables, lesquels n’ont pourtant pas fait tiquer la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP) lors de son examen rituel.

En cause notamment : la location à un tarif anormalement bas des théâtres Bobino et Antoine, dont le propriétaire Jean-Marc Dumontet, est un proche du couple Macron. Ces salles, habituellement louées 13 000 euros, l’ont cette fois été pour seulement 3 000 euros. Joint par Franceinfo, ce dernier se justifie ainsi :

"Ils m’avaient bloqué plusieurs dates. J’avais un peu râlé. Finalement, ils sont revenus vers moi à la dernière minute, au moment où ils pouvaient négocier."

Les mêmes ristournes ont eu lieu lors d’un meeting à la Bellevilloise et à la Maison de la Mutualité. Mais la cellule investigation de Radio France observe que les autres candidats qui ont loué ces mêmes salles, comme Benoît Hamon et François Fillon, n’ont pas bénéficié de remises. Loin de là.

"-75 %, c'est de la braderie"

Ce qui pose problème, c’est que le code électoral stipule très clairement la chose suivante :

"Les personnes morales, à l’exception des partis ou groupements politiques, ne peuvent participer au financement de la campagne électorale d’un candidat, ni en lui consentant des dons sous quelque forme que ce soit, ni en lui fournissant des biens, services ou autres avantages directs ou indirects à des prix inférieurs à ceux qui sont habituellement pratiqués."

Pour le député Les Républicains de la 5e circonscription de Vaucluse, Julien Aubert, "le mot 'ristourne' est en fait assez mal calibré". "-75 %, c'est de la braderie, c’est de la promotion massive", poursuit l’élu pour qui "c’est parfaitement illégal" :

"Chaque ami a voulu dire : 'Je vais te financer, te donner à bas prix telle ou telle salle', et à la fin, on se retrouve avec un problème sur les bras, qui est une campagne financée par les entreprises."

Quant au leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, il a publié sur son blog un texte intitulé "Pour Macron, c’est l’heure des comptes (de campagne)". Il voit dans le fait que la CNCCFP n’ait rien retoqué "une bienveillante cécité". Et accuse l’équipe d’Emmanuel Macron d’avoir usé d'"une pratique de sous-facturation systématique", avant d’ajouter : "Il faut que ce type de procédé coûte cher à ceux qui s’en rendent coupables."

Il souligne également l’augmentation dont vient de bénéficier le président de la CNCCFP, François Logerot. Ce dernier a obtenu une hausse de 57 % de son salaire. Pour Mélenchon, la concomitance de cet événement avec les soupçons qui pèsent sur ses propres comptes de campagne ne peut être fortuite.