Députés surchargés : pour le président de l’Assemblée, ce n’est "plus possible"

Après Jean-Luc Mélenchon, c’est au tour de François de Rugy de pointer du doigt les séances de nuit et le rythme de travail à l’Assemblée nationale.

"À un moment donné, ce n’est plus possible. Nous avons siégé 17 jours consécutifs non-stop. Ce n’est pas le fonctionnement normal d’une Assemblée" : interrogé par Europe 1, le président de l’Assemblée nationale François de Rugy a poussé un coup de gueule contre les cadences de travail des députés, qui planchent sur les gros textes des lois sur l’immigration et l’agriculture depuis plusieurs semaines.

Ce soir, les élus entameront leur quinzième séance de nuit consécutive et, visiblement, le rythme imposé par la feuille de route du gouvernement ne permet pas de travailler dans de bonnes conditions. François de Rugy évoque "un travail intensif, les jours se succédant aux autres, et on passe d’un sujet à l’autre sans savoir maîtriser les débats". Pour y remédier, il demande au gouvernement et aux députés d’être "un peu plus raisonnables dans le déroulement des débats".

"Nous avons siégé 80 heures par semaine", a pointé du doigt l’occupant du perchoir, précisant qu’en tant qu’élu il faut "être en séance, mais aussi en commission et en circonscription". Pour remédier à ce qu’il appelle une "cadence infernale", il compte instaurer de nouvelles règles :

"Je proposerai à la conférence des présidents [de groupe], qui se réunissent toutes les semaines et qui discutent des travaux à venir avec le représentant du gouvernement, que l’on prenne un certain nombre de mesures pour que le déroulement des débats soit plus correct."

"Nous sommes excédés et, pour certains d’entre nous, épuisés"

"Cela ne permet plus de faire un travail législatif, de faire de bonnes lois", a-t-il ajouté en expliquant qu’il allait proposer que les députés ne siègent plus les samedis et dimanches "comme cela a été fait plusieurs semaines de suite durant le mois écoulé".

Le 30 mai, c’était le député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Mélenchon, qui fustigeait des "horaires intenables". Un rythme de travail qu’il juge lui aussi complètement "déraisonnable" :

"Je prends ce temps sur mon temps pour vous dire à quel point nous sommes excédés et, pour certains d’entre nous, épuisés. Ce n’est pas une vie normale que celle d’un parlementaire qui doit rester nuit et jour ici, sur des textes aussi différents. […]

Il y a des gens qui ont des limites physiques, je n’ai pas honte de le dire, qui ne peuvent pas tenir des heures et des heures et des jours et des jours. Si on ne fait de la politique qu’avec des surhommes et des surfemmes qui sont capables de vivre sans vie de famille, nuit et jour enfermés dans un hémicycle, alors c’est petit destin pour la chose commune dans l’avenir

Photo de couverture : © François de Rugy/Flickr/CC.