Hébergement d’urgence : femmes et enfants mis à la rue dans les Hauts-de-Seine

Plusieurs familles ont été expulsées ces derniers jours, à cause des nouveaux critères de renouvellement de l’hébergement d’urgence dans les Hauts-de-Seine. D’autres expulsions pourraient encore avoir lieu à la fin du mois.

"Ouvrez les portes ! Ouvrez les portes !" hurle Nadia* dans un mégaphone. Si elle ne souhaite pas montrer son visage dissimulé derrière de grandes lunettes de soleil, elle est prête à donner de la voix. Cette mère célibataire s’est retrouvée à la rue il y a près de quinze jours, avec ses deux enfants âgés de deux ans et demi et douze ans.

Ce mercredi 6 juin, une cinquantaine de personnes sont amassées sur la petite bande de route disponible en face du grand U Arena à Nanterre, qui abrite les locaux du Conseil départemental des Hauts-de-Seine.

La petite foule composée pour grande partie de familles – très souvent des mères célibataires et leurs enfants – manifeste contre les nouveaux critères de renouvellement de l’hébergement d’urgence dans le département.

Comme Nadia et ses deux enfants, une dizaine de familles auraient été expulsées ces derniers jours affirme Marie Laurent, volontaire au DAL (Droit au logement), l’association qui milite pour le droit au logement des populations les plus fragilisées.

L’hébergement d’urgence est, comme son nom l’indique, réservé aux cas graves et pressants. Pour y accéder il faut faire le 115, soit appeler le SAMU. Et pour continuer à bénéficier de ce service payé par l’État, il faut faire une demande de renouvellement tous les mois. Ça a été un choc pour Nadia lorsqu’on lui a annoncé qu’elle avait un mois pour quitter la chambre d’hôtel qu’elle occupait avec son fils et sa fille depuis janvier, suite à une séparation.

"Il restait un mois à mon fils pour finir sa scolarité", déplore la mère célibataire contrainte de séparer ses enfants placés chez des amies. Elle se débrouille comme elle peut.

Le département des Hauts-de-Seine privilégie les personnes dites vulnérables : les femmes enceintes, les personnes malades ou en situation de handicap, les victimes de violences conjugales, les femmes obligées de se prostituer et les parents d’un enfant de moins de 3 ans, comme le rapporte Le Parisien.

La peur d’être séparés

Selon Jean-Baptiste Eyraud, cofondateur du DAL, on est face à une situation sans précédent : "C’est la première fois qu’on a un tir groupé."

Jean-Baptiste Eyraud, cofondateur du DAL devant le Conseil régional des Hauts-de-Seine, le 6 juin.

Sabrina*, 29 ans, est maman d’un petit garçon de 7 ans au sourire édenté. Habillé d’un gilet jaune, son fils brandit fièrement une pancarte bien plus haute que lui. Si elle n’avait pas rencontré Jean-Philippe la semaine dernière lors d’une manifestation devant la préfecture, elle serait à la rue.

"Elle venait de passer une nuit dans un square sans son fils qui avait été placé dans des services sociaux", raconte cet ancien instituteur. Car c’est aussi ça la dure réalité : lorsqu’on met ses familles dehors, on suggère aux parents de se séparer de leurs enfants. "Si on trouve mon fils avec moi dans la rue on me l’enlève", raconte Sabrina apeurée.

Avant qu’on lui refuse le renouvellement de son hébergement d’urgence, elle habitait avec son petit garçon, une chambre d’hôtel à Villeneuve-la-Garenne. Mère et fils bénéficiaient de ce service depuis un an. Avec les 115 euros qu’elle touche chaque mois, Sabrina n’arrive pas toujours à joindre les deux bouts. Depuis qu’elle a fui son mari violent en Seine-et-Marne en 2015, elle vit dans le plus grand dénuement. "Elle est intelligente, et elle a de l’énergie, elle s’en sortira !", assure Jean-Philippe en lui adressant un grand sourire.

Il est important de rappeler que l’hôtel pour ces familles c’est déjà la précarité : il n’y a pas de quoi cuisiner ou stocker des affaires.

"L’État hors la loi, l’enfant à la rue !"

Si l’État est responsable pour l’hébergement d’urgence, la protection de l’enfance relève bien de la compétence du département. C’est pourquoi ces familles se sont donné rendez-vous au pied du Conseil départemental des Hauts-de-Seine. "L’État hors la loi, l’enfant à la rue !", s’époumonent-elles.

"Nous n’avons pas à prendre en charge l’hébergement d’urgence et à nous substituer à l’État. Le Conseil départemental ne prend pas en charge l’hébergement d’urgence", ânonne la directrice adjointe en charge de la solidarité dans les Hauts-de-Seine qui, très embêtée, accepte finalement de discuter avec les manifestants sur un bout de trottoir.

Alors la faute à qui ? Qui, pour reloger ces familles aujourd’hui à la rue ?

Le 30 mai, un premier rassemblement devant la préfecture a permis de faire reculer de quelques semaines l’échéance. Mais les expulsions pourraient bien reprendre. Dans un communiqué relayé par des députés La République en Marche, on apprend qu’une centaine de familles sont encore sous la menace d’une expulsion.

Souad*, 29 ans, et sa fille Chaynez*, 4 ans et demi sont encore dans leur hôtel de la Garenne-Colombes. Mais pour combien de temps ? À la fin du mois, Souad n’a aucune certitude que la chambre qu’elle occupe avec sa fille depuis deux ans et demi sera renouvelée.

De même pour Selam*, Érythréenne de 34 ans et ses deux filles âgées de 8 et 15 ans, installées depuis près d’un an dans une chambre d’hôtel à Château d’Eau dans le Xe arrondissement de Paris. Et son statut de réfugié politique ne semble rien pouvoir changer à l’affaire. Le 28 juin prochain, elle et ses filles pourraient bien être mises à la rue, tout comme Selma* et ses deux enfants de 9 et 10 ans. "Pour moi la France, c’est un pays idéal, où on défend les droits de l’homme", déplore cette Marocaine de 49 ans sans pour autant se départir de son grand sourire.

Ce jeudi 7 mai le combat continue. Un rassemblement est prévu à 15 heures devant la préfecture de la région Île-de-France.

* Certains prénoms ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des familles.