La Tchétchénie, l’autre grand berceau du djihadisme

Khamzat Azimov, l’auteur de l’attentat commis le 12 mai à Paris, était originaire de Tchétchénie. Ce n’est pas la première fois que le nom de la petite république russe apparaît dans une affaire de terrorisme.

Vue de la capitale Grozny (c) Alexxx Malev, Flickr

Le samedi 12 mai, la France a de nouveau été victime d’une attaque terroriste. Armé d’un couteau, Khamzat Azimov, 20 ans, s’en est pris à des passants dans le cœur de Paris, dans le quartier très fréquenté de l’Opéra. L’attentat, rapidement revendiqué par l’organisation État islamique, a fait un mort et quatre blessés, dont deux graves. Son auteur a été abattu par les forces de l’ordre.

Khamzat Azimov a grandi à Strasbourg, mais il était né en Tchétchénie, en 1997. Arrivé en France à l’âge de trois ans, il avait rapidement obtenu le statut de réfugié, avant d’être naturalisé en 2010, comme le raconte France Inter. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les parents de Khamzat Azimov sont toujours en garde à vue.

Ce n’est pas la première fois qu’une personne d’origine tchétchène est associée à des faits de terrorisme, comme l’avait montré en 2006 le procès dit des "filières tchétchènes". Les 27 djihadistes présumés étaient d’origine algérienne, mais ils étaient soupçonnés de fomenter des attentats pour venger l’élimination d’un commando tchétchène.

"En France, on a déjà démantelé des filières tchétchènes, notamment à Strasbourg", nous explique le président du Centre d’analyse du terrorisme, Jean-Charles Brisard. L’Est de la France est connu pour avoir accueilli beaucoup de Tchétchènes. Selon Les Dernières Nouvelles d’Alsace, le Bas-Rhin compte une communauté de 10 000 personnes, majoritairement établies à Strasbourg.

Selon le spécialiste, qui se fonde sur un calcul de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), de 7 à 8 % des Français impliqués dans les filières djihadistes velléitaires sont d’origine tchétchène.

Un territoire soumis à la charia

La Tchétchénie, petite république enclavée située à l’extrême sud de la Russie, compte 1,4 million d’habitants, pour la très grande majorité d’obédience musulmane (alors que la plupart des citoyens de la Fédération russe sont chrétiens orthodoxes).

Fait encore plus notable : on y applique les principes de la loi islamique, la charia, ce qui explique pourquoi les femmes portent le hijab dans l’administration et que la polygamie est autorisée (alors que la Constitution russe s’y oppose). "En Tchétchénie, c’est indispensable car à cause de la guerre, nous avons plus de femmes que d’hommes", expliquait le président Ramzan Kadyrov en 2009 au sujet de la polygamie, comme le rapporte Libération.

Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie. (© Gouvernement russe/Wikimedia/CC)

Après la dissolution de l’URSS, la Tchétchénie a été marquée par deux épisodes de guerre (1994-1996 et 1999-2000). Ces conflits ont opposé les séparatistes tchétchènes aux forces armées russes. La Russie refusait de laisser ce petit territoire, stratégique et riche en hydrocarbures, prendre son indépendance.

C’est notamment durant les premières années de conflit que l’islam sunnite modéré pratiqué dans la région laisse place à une pratique plus radicale, inspirée du wahhabisme et du salafisme. Dès lors, un lien s’est établi entre l’islam tchétchène et la résistance à Moscou.

La Russie, premier pays exportateur de djihadistes

Ramzan Kadyrov a pris la tête du pays en 2006, adoubé par Vladimir Poutine. Il est le fils de Akhmad Kadyrov, ancien grand mufti de Tchétchénie et ex-chef de guerre séparatiste, assassiné en 2004 par des islamistes qui considéraient qu’il avait trahi la cause tchétchène.

Si Ramzan Kadyrov s’est éloigné de l’influence wahhabite qui avait pris racine dans son pays, il défend pour autant une pratique rigoriste de l’islam. Selon Anne Le Huérou et Silvia Serrano, autrices des Effets paradoxaux de l’instrumentalisation de l’islam en Tchétchénie, "l’instrumentalisation de l’islam par le président Kadyrov l’aide à asseoir une légitimité dont il manquait lorsqu’il est arrivé au pouvoir".

Plusieurs vétérans du conflit tchétchène ont donc préféré quitter le pays, pour rejoindre le "califat" de Daech. Bien que d’origine géorgienne, "Omar le Tchétchène" a longtemps été l’un des commandants les plus en vue du groupe, reconnaissable à sa barbe rousse et son bonnet noir, jusqu’à sa mort en 2016.

Selon Le Figaro, l’organisation compte 3 400 Russes, en majorité des Tchétchènes. Ainsi, la Russie serait devenue en 2017 le premier pays exportateur de combattants étrangers rejoignant les rangs de Daech – au point que le russe serait devenu la deuxième langue la plus parlée dans les rangs des djihadistes, après l’anglais.

À la suite de l’attentat du 12 mai, Ramzan Kadyrov a estimé que la France était responsable de la dérive djihadiste de Khamzat Azimov : "Je suis sûr que s’il avait passé son enfance et son adolescence en Tchétchénie, son sort aurait été différent."