Les États-Unis quittent le Conseil des droits de l’homme de l'ONU, jugé "hypocrite" et "partial" avec Israël

Mardi 19 juin, les États-Unis ont annoncé qu’ils quittaient le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qu’ils estiment trop "partial" envers Israël, "hypocrite" et "égoïste". Mais au fait, à quoi sert ce conseil ?

Mardi 19 juin, les États-Unis ont annoncé qu’ils quittaient le Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies. Nikki Haley, l’ambassadrice américaine à l’ONU, a fait savoir que son pays jugeait l’organisation "hypocrite" et "égoïste" et qu’elle constituait une "source d’embarras". Et d’ajouter : "avec des membres comme la Chine, Cuba, la République démocratique du Congo et le Venezuela, le Conseil des droits de l’homme ne mérite pas son nom".

Les États-Unis jugent surtout que le Conseil des droits de l’homme est "partial" avec Israël : "Le Conseil des droits de l’homme a fait passer cinq résolutions contre Israël. C’est plus que ce qui a été adopté en tout contre la Corée du Nord, l’Iran et la Syrie."

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a "félicité" et "remercié" les Américains pour leur décision :

"Israël remercie le Président Trump, le secrétaire d’État Pompeo et l’ambassadrice Haley pour leur courageuse décision à l’encontre des mensonges et de l’hypocrisie du soi-disant Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Pendant des années, ce Conseil a prouvé qu’il était une organisation biaisée, hostile et anti-israélienne qui trahit sa mission de protection des droits de l’homme."

Cette décision intervient après le retrait américain de l’accord de Paris, de l’Unesco et de l’accord sur le nucléaire iranien, le tout depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a fait savoir qu’il "aurait préféré que les États-Unis restent au Conseil des droits de l’homme".

"Je voudrais dire très clairement que cette initiative ne signe pas un retrait de nos engagements en faveur des droits de l’homme", a ajouté Nikki Haley, faisant référence aux accusations contre son pays de violation des droits de l’homme, depuis que des preuves de détention d’enfants à la frontière mexicaine ont fait surface. Une pratique jugée "inadmissible" par le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

Une organisation régulièrement décriée

Créé le 15 mars 2006 par l’Assemblée générale de l’ONU, le Conseil des droits de l’homme a pour but "d’évaluer les situations de droits de l’homme dans chacun des 192 États membres". Il remplace la Commission des droits de l’homme, qui avait vu le jour en 1946.

Ces 47 membres sont élus à bulletin secret pour trois ans. Ces derniers doivent procéder à un "examen périodique universel" pour "évaluer les situations des droits de l’homme dans chacun des États membres".

Il peut émettre des recommandations et recevoir des requêtes concernant des violations des droits de l’homme. En se basant sur la Déclaration universelle des droits de l’homme, il est ainsi possible de déposer plainte contre un État membre. Le Conseil est chargé de "traiter tout ensemble de violations flagrantes et attestées par des éléments dignes de foi".

Mais beaucoup ont critiqué sa crédibilité, notamment lorsque la Libye, dirigée alors par Mouammar Kadhafi, a accédé à ce cénacle en mai 2010, en recueillant les voix de pas moins de 155 pays. Même chose pour l’Arabie saoudite en 2015, lorsque le pays a fini par accéder à sa présidence. Interrogé par Atlantico, Roland Lombardi, docteur en histoire et spécialiste des relations internationales, qualifiait en 2017 le Conseil des droits de l’homme de "petit machin discrédité auprès de la communauté internationale", expliquant :

"Depuis 2006, les multiples rapports, déclarations et les quelque 700 résolutions du CDH (initiées, il est vrai, majoritairement par les États-Unis ou l’Union européenne), n’ont pratiquement jamais été suivis d’effets. […]

De fait, après une cinquantaine de séances, peu d’États ont été condamnés. Encore moins que sous l’ancienne Commission si décriée."

L’organisation UN Watch pointe régulièrement du doigt l’obsolescence de l’institution. En 2016 notamment, elle accusait le Venezuela d’avoir "utilisé 500 organisations de façade [qui auraient été invitées à soumettre des commentaires favorables au régime] pour corrompre le rapport de l’ONU sur les droits de l’homme".