Démission de Nicolas Hulot : retour sur une année chaotique au gouvernement

Il l’avait annoncé, et maintenant il l’a fait.

C’est un Nicolas Hulot pour le moins ému qui a pris la parole ce mardi 28 août au micro de France Inter, pour déclarer : "Je prends la décision de quitter le gouvernement."

"Je ne veux plus me mentir." C’est avec des mots très forts que l’ex-ministre de la Transition écologique, a annoncé sa démission – une décision qu’il a gardé secrète jusqu’au dernier moment. Ni le président de la République Emmanuel Macron ni le premier ministre Édouard Philippe n’étaient au courant, bien que cette annonce ne soit pas totalement une surprise.

Les points de désaccord ne manquaient pas entre l’ex-ministre et le reste du gouvernement. En mai dernier, Nicolas Hulot avait prévenu qu’il ne serait peut-être plus là à la rentrée.

Invité de la matinale de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV et RMC, il avait annoncé s’être fixé jusqu’à l’été pour réfléchir à sa place dans le gouvernement :

"Il y a une chose que je sais mal faire, c’est mentir, et surtout mentir à moi-même. Cet été, j’aurai suffisamment d’éléments pour pouvoir regarder si effectivement je participe à cette transformation sociétale."

Une date légèrement avancée par rapport à celle annoncée en octobre dernier. Il s’était alors donné un an pour juger de son utilité au gouvernement. "Va-t-il rester, va-t-il partir ?" : depuis sa nomination au ministère de la Transition écologique et solidaire, cette question revenait comme une mauvaise rengaine. Et à chaque désaccord, la presse s’emballait. Lui parlait de "fantasme médiatique".

Rétropédalage sur le nucléaire

Nicolas Hulot dans Ushuaïa Nature : Les Trésors de l’océan. (© TF1)

Avant de tenter sa chance chez les Verts, Nicolas Hulot s’est fait connaître du grand public grâce à son émission de télévision Ushuaïa Nature, qui lui a permis d’acquérir une solide cote de popularité. Lorsqu’il accepte ce poste de ministre, beaucoup redoutent qu’il fasse figure de trophée dans le tableau de chasse technocratique du gouvernement d’Édouard Philippe.

Sa nomination au ministère le 17 mai 2017 avait provoqué la surprise. En effet, il avait refusé le poste de ministre à trois présidents : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Un an plus tard, force est de constater que Nicolas Hulot a souvent été mis en difficulté par les annonces du gouvernement, obligé de se taire, voire de se dédire.

Au départ, Nicolas Hulot avait un plan ambitieux : diviser par deux "la part du nucléaire dans le mix énergétique d’ici à 2025", en finir avec les voitures à essence et diesel d’ici à 2040 ou encore arriver à une "neutralité carbone".

La plus grosse déconvenue du ministre de la Transition écologique et solidaire concerne certainement le nucléaire. Quelques mois après avoir révélé son "Plan climat", il revient sur ses ambitions en annonçant que l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % en 2025 ne sera pas atteint et qu’une nouvelle échéance allait être fixée. C’était en novembre dernier, sur BFM TV :

"C’est important de se fixer des objectifs ambitieux, mais ce qui est plus important, notamment si on ne veut pas perdre de crédibilité sur l’ensemble de notre stratégie énergétique, c’est de regarder la faisabilité, de planifier les choses et de ne pas simplement poser des totems, dont on fait semblant de découvrir que ce n’est pas compatible avec la feuille de route."

Voté en 2015 sous le quinquennat de François Hollande, cet objectif avait pourtant été approuvé dans le cadre de la loi sur la transition énergétique. Ce qui a été particulièrement douloureux pour le ministre, c’est le fait de devoir se dédire publiquement. "Ça avait l’air orchestré. Il n’y avait pas besoin de cette mise en scène dans laquelle je ne me suis pas reconnu. Ça, ça m’a énervé", avait-il expliqué quelques jours plus tard.

Un ministre isolé

C’est à ce moment-là que commence à se dessiner l’image d’un ministre isolé, voire incompris. Sur son projet de mettre fin à la production de pétrole et de gaz à l’horizon 2040, Nicolas Hulot a également dû revoir ses objectifs à la baisse. Le texte, adopté en décembre, comporte finalement plusieurs dérogations qui sont mal passées auprès des écolos.

Nicolas Hulot a ensuite été mis en porte-à-faux sur le sujet du glyphosate, le célèbre herbicide créé par Monsanto. Alors que le gouvernement français avait annoncé qu’il s’opposerait au renouvellement de la licence du glyphosate pour une durée de dix ans au sein de l’Union européenne, l’ancien ministre avait déclaré au JDD en février dernier qu’il n’était pas contre une prolongation de l’autorisation de l’herbicide pour une durée "en dessous de cinq ans".

Aussi, Nicolas Hulot s’est souvent trouvé en désaccord avec le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, et ce sur de nombreux sujets. Glyphosate, interdiction des néonicotinoïdes, plan loup 2018-2023, États généraux de l’alimentation… Les deux hommes se sont régulièrement retrouvés en opposition.

Les déconvenues ont été nombreuses, et elles ont même été moquées, comme ici par Charline Vanhoenacker et Guillaume Meurice, déguisés en pandas pour plaider pour la libération de Nicolas Hulot : "Nous, on voit que tu as de la peine, tu essaies d’alerter les gens sur les vrais problèmes du monde et puis Macron, il s’en fout, il veut juste que les riches restent en France."

Seul l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes peut être rangé dans la colonne des victoires politiques de Nicolas Hulot. Restent tous les dossiers sur lesquels il ne pourra plus peser – du projet (contesté) de centre d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim –, et cette question : qui pourra lui succéder ?