"Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter" : la gaffe qui passe mal à la Commission européenne

On en connaît un qui a passé un sale quart d’heure : Günther Oettinger.

(© Jacques Grießmayer/Wikimedia Commons)

Alors que l’Italie connaît une grave crise politique, les propos du commissaire européen au Budget et aux Ressources humaines, Günther Oettinger, ont été de trop. Ce dernier n’a visiblement pas apprécié les résultats des dernières législatives italiennes, qui ont amené au Parlement une coalition droite-extrême droite antisystème.

C’est un tweet, supprimé depuis et posté par le journaliste Bernd Thomas Riegert, qui a mis le feu aux poudres. Ce dernier, après avoir rencontré M. Oettinger, a extrait une phrase de leur entretien : "Les marchés vont apprendre aux Italiens à bien voter."

Un mépris qui passe mal alors que la sensation de déni de démocratie augmente depuis plusieurs jours dans le pays. Il n’en fallait pas moins pour que le leader de la Ligue du Nord (extrême droite), Matteo Salvini, réagisse : "Si ça ce n’est pas une menace ! Moi, je n’ai pas peur." Il a également appelé à la démission d’Oettinger dans une vidéo sur Facebook.

Pédaler dans la semoule

Le journaliste a tenté de rétropédaler en s’excusant. Bernd Thomas Riegert a expliqué avoir voulu aller trop vite en twittant à la sortie de l’interview. Pour la "teaser", ce dernier a sorti une citation de son contexte en la réduisant. Le mal était déjà fait quand il a posté les citations de Günther Oettinger en entier, qui sont les suivantes :

"Ma préoccupation et mon attente reposent sur le fait que les prochaines semaines vont prouver que les développements des marchés italiens, des obligations boursières et de l’économie du pays vont devenir d’une telle envergure que ça pourrait envoyer le signal de ne pas voter pour les populistes de droite ou de gauche.

Cela a à voir avec la possible formation de gouvernement. Je peux juste espérer que ça va jouer un rôle dans la campagne électorale et envoyer le signal de ne donner aucune responsabilité gouvernementale aux populistes de droite et de gauche."

De son côté, Donald Tusk, à la tête du Conseil européen, a demandé à "toutes les institutions de l’UE" de "respecter les électeurs". Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quant à lui tenté de sauver les meubles en faisant une déclaration officielle dans lequel il rappelle que "l’Italie mérite le respect" :

"Le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, tient à faire part de sa conviction que le sort de l’Italie ne saurait dépendre des injonctions que pourraient lui adresser les marchés financiers.

L’Italie – indépendamment des partis politiques qui demain la dirigeront – est un pays fondateur de l’Union européenne qui a énormément contribué à l’intégration européenne.

Le Président est convaincu que l’Italie poursuivra son parcours européen. La Commission est prête à coopérer avec l’Italie de manière responsable et dans un respect mutuel."

Enfin, Günther Oettinger a lui aussi présenté ses excuses dans un communiqué de presse :

"Je respecte profondément la volonté des électeurs, qu’ils soient de gauche, de droite, du centre et de tous les pays. En faisant référence aux développements du marché actuel en Italie, je ne voulais pas être irrespectueux et je présente mes excuses.

L’Italie, en tant que membre fondateur, a joué et joue un rôle important dans l’intégration européenne et j’espère qu’elle continuera sur cette voie."