Paris : les évaluations biaisées de l'âge des migrants condamnent des enfants à dormir dans la rue

L’ONG Human Rights Watch publie ce mercredi 4 juillet un rapport accablant.

"C’est la loterie : Traitement arbitraire des enfants migrants non accompagnés à Paris", tel est le titre d’un rapport de 82 pages publié ce mercredi 4 juillet par l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), qui lève le voile sur les failles du DEMIE (le Dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers), à Paris.

Selon Human Rights Watch, des centaines d’enfants se retrouvent sans abri à cause de procédures sommaires d’évaluation de leur âge. Et l’enjeu est de taille : être considéré comme un adulte rend inéligible à l’hébergement d’urgence et à d’autres formes de protection réservées aux mineurs.

Lors de son enquête commencée en février 2018, Human Rights Watch a rencontré près de 50 enfants et examiné les évaluations d’âge de 35 autres. L’organisation s’est également entretenue avec des avocats, des professionnels de santé, des employés et des bénévoles.

Elle a constaté que les évaluateurs se fondent souvent sur des critères subjectifs, pour estimer l’âge d’un migrant : posture, comportement, apparence physique ou encore maîtrise du français.

"Parce que je pouvais répondre à ses questions, je ne pouvais pas être un mineur. Comment ça ? J’ai passé huit ans à l’école, en français. Bien sûr que je pouvais répondre à ses questions", témoigne Imrane O., originaire de Côte d’Ivoire, qui dit avoir 15 ans.

Des tests à la fiabilité contestée

Il arrive même que des enfants qui se présentent avec leurs papiers d’identité soient refoulés :

"Les autorités chargées de la protection de l’enfance et les juges contestent l’authenticité des actes de naissance, passeports et autres pièces d’identité, bien que la présomption de validité des documents soit inscrite dans la loi française", détaille l’ONG dans un communiqué.

Il va sans dire que de tels documents sont aussi susceptibles d’être perdus, lors des éprouvants périples des migrants.

Parmi les autres motifs de refus pointés du doigt par l’ONG : le fait de voyager seul ou encore celui d’avoir travaillé dans le pays d’origine – ce qui nie le fait que des millions d’enfants dans le monde travaillent. Selon Human Rights Watch, il arrive aussi que certains enfants demandant un réexamen de leur dossier soient soumis à des examens osseux pour déterminer leur âge.

"Les instances médicales en France et ailleurs ont conclu à plusieurs reprises que ces tests et autres examens médicaux du même type ne sont pas un moyen fiable de déterminer l’âge, en particulier pour les adolescents plus âgés, et ont demandé qu’ils ne soient plus utilisés", souligne l'ONG.

L’Aide sociale à l’enfance a pris en charge plus de 25 000 mineurs migrants non accompagnés en 2017, soit une augmentation de 92 % par rapport à l’année précédente.

Human Rights Watch rappelle que la France a l’obligation "de fournir des soins et une protection adéquats à tous les enfants se trouvant sur son territoire, indépendamment de leur statut migratoire".

En février dernier, Hugo Clément et Clément Brelet étaient allés à la rencontre de ces mineurs qui dorment dans la rue.