Perturbateurs endocriniens : ils pourraient (aussi) causer une pénurie de sperme

Le nombre de spermatozoïdes a drastiquement diminué depuis 1973.

© John Lund/Drew Kelly via Getty Images

En quarante ans, le nombre de spermatozoïdes par millilitre de sperme a considérablement chuté. En 1973, on en dénombrait 99 millions par millilitre. En 2011, c’était 47 millions.

Au-delà du nombre de spermatozoïdes qui enregistre une baisse de 1,4 % chaque année, c’est également la qualité qui semble affectée. Interrogé par LCI, le professeur Jean-Philippe Wolf, directeur du service biologie de la reproduction à l’hôpital Cochin, décrit “un sperme beaucoup moins riche, beaucoup moins mobile, comme si les spermatozoïdes étaient fatigués".

Si le tabac joue un rôle non négligeable, des scientifiques s’accordent à pointer du doigt en premier lieu l’exposition aux perturbateurs endocriniens.

Et c’est héréditaire

Le système endocrinien regroupe les organes sécrétant des hormones, comme les ovaires, la thyroïde, le pancréas ou les testicules. Ces hormones permettent aux organes de communiquer entre eux : ce sont des sortes de messagers chimiques qui ont un impact sur l’ensemble du corps.

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques présentes à peu près partout dans notre système de consommation : nourriture, médicaments, plastique alimentaire, canettes… Ces derniers peuvent pénétrer notre corps par ingestion ou par inhalation, mais pas seulement : le bisphénol A que l’on trouve encore sur certains tickets de caisse et de carte bancaire peut aussi entrer dans notre organisme par le toucher.

Si l’on considère qu’ils sont mauvais, c’est parce qu’ils miment et bloquent le fonctionnement des hormones naturelles, et peuvent donc brouiller les informations reçues par le corps. Comme ils troubleraient la thyroïde, ces derniers peuvent donc perturber aussi la fabrication du sperme, en baissant par exemple le niveau de testostérone dans le corps.

De surcroît, ces problèmes de fertilité sont héréditaires, ce qui ne laisse rien présager de bon. Pour l’instant, un pays risque véritablement une pénurie de sperme, du moins dans ses banques. Il s’agit du Royaume-Uni, qui, à cause du Brexit, quittera – entre autres – les accords européens en matière de don de tissus, sang et cellules humaines. Les banques de sperme des pays européens ne lui seront donc plus accessibles comme avant. Une chose en plus à gérer pour Theresa May.