En plus d’être un désastre humanitaire, le mur de Trump pourrait flinguer la biodiversité

Depuis 2005, sa construction à la frontière mexicaine outrepasse toutes les lois de conservation de l’environnement. Mais à l’horizon d’un mur "continu" voulu par Donald Trump, des milliers de scientifiques tirent la sonnette d’alarme.

Mur frontalier à Tijuana au Mexique. (© Alejandro Cegarra/Bloomberg via Getty Images)

"Ce sera un crime contre la biodiversité", dénonce Paul Ehrlich, l’un des auteurs de l’étude parue le 24 juillet dans la revue BioScience contre l’extension d’une frontière physique entre le Mexique et les États-Unis.

Plus de 1 500 espèces menacées

Avec 17 autres scientifiques, il a identifié cinq zones écologiques sensibles traversées par la frontière américano-mexicaine, de la Californie jusqu’à la Vallée du Rio Grande, et sur laquelle va s’abattre le mur promis par Trump lors de l’élection de 2016.

Plus concrètement, la frontière entre le Mexique et les États-Unis tranche le territoire de 1 077 espèces d’animaux terrestres ou aquatiques, et de 429 plantes, dont 62 espèces déjà classées comme vulnérables ou menacées. Or la construction d’un mur frontalier, mais aussi les routes, l’éclairage, et les autres infrastructures que cela suppose, "élimine ou dégrade la végétation naturelle" et tue les animaux "directement ou par la perte, la fragmentation ou la réduction de connectivité de l’habitat", énumère l’étude.

"Les barrières physiques empêchent ou découragent les animaux d’accéder à la nourriture, à l’eau, aux partenaires et à d’autres ressources critiques", poursuivent les auteurs du texte. Ces déplacements deviennent essentiels à mesure que le changement climatique redistribue les cartes des ressources et force les espèces à s’adapter. "Des murs continus pourraient empêcher le mouflon d’Amérique, qui est en voie de disparition, de se déplacer entre la Californie et le Mexique pour accéder à l’eau et aux lieux de mise bas", citent en exemple les scientifiques. Même scénario pour le loup gris du Mexique ou l’antilope d’Amérique, qui ne pourront plus se disperser et donc augmenter leur nombre. En outre, fragmenter les populations pourrait entraîner un appauvrissement génétique et rendre les espèces plus fragiles, augmentant donc leur risque d’extinction.

Un appel désespéré

L’étude publiée le 24 juillet a reçu la signature de 1 472 scientifiques américains et de plus de 1 000 scientifiques étrangers issus de 42 pays, outrés par la construction à grande échelle lancée par le Département de la sécurité intérieure des États-Unis au mépris de la biodiversité. Depuis 2005, celui-ci peut en effet contourner les dispositions de l’Endangered Act Species, qui protège les espèces menacées outre-Atlantique, et de la Loi nationale sur l’environnement si celles-ci ralentissent la construction du mur… Outre le respect de ces lois, les scientifiques demandent au gouvernement américain d’atténuer les dommages écologiques de l’infrastructure en permettant notamment aux animaux de pouvoir la traverser.

La dernière démonstration de l’administration Trump à l’encontre de nos amis les bêtes n’est pas encourageante. Fin juillet, le gouvernement a dévoilé ses mesures pour alléger l’Endangered Act Species qui a pourtant prouvé son efficacité pour sauver les espèces de l’extinction.