Quatre raisons de se mobiliser face à la crise qui frappe le Kasaï

Minée par la guerre et la famine, cette région du centre de la République démocratique du Congo fait face à une situation de crise humanitaire dramatique.

(© Clément Brelet)

C’est un drame silencieux qui se déroule dans cette région enclavée de la République démocratique du Congo, au centre du pays. Depuis bientôt deux ans, cette province est le théâtre d’affrontements meurtriers entre les miliciens Kamuina Nsapu et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Un conflit qui a mis la région à feu et à sang et provoqué l’exode de plus d’un million de personnes, fuyant les massacres perpétrés dans les deux camps.

Aujourd’hui, la région fait face à une situation d’urgence humanitaire d’une ampleur catastrophique. Konbini News, qui revient d’un reportage sur place, dresse quatre raisons de s’intéresser à cette catastrophe, afin d’en comprendre les enjeux et de pouvoir agir concrètement.

Parce que les conflits menacent toujours la région

La région s’est embrasée le 12 août 2016 après la mort de l’ex-chef coutumier des Kamuina Nsapu, Jean-Pierre Mpandi. En lutte avec le pouvoir central de Kinshasa et le président Joseph Kabila, ce dernier est tué dans l’assaut de sa maison par les forces de sécurité du régime.

Son élimination, dans une région calme depuis soixante ans mais historiquement composée d’opposants, déclenche une insurrection de bandes armées contre l’autorité de l’État. Très vite, la milice Kamuina Nsapu embrigade de force des enfants dans les villages. Armés de machettes, ils ciblent les symboles du gouvernement, tuent et décapitent les agents de l’État qu’ils capturent.

Face à la révolte, l’armée mène une répression sanglante, accusant la population civile de soutenir le soulèvement. Sur place, des témoignages concordants font état de violences indiscriminées, de destructions massives et de l’usage du viol, utilisé comme arme de guerre dans les deux camps.

Des militaires et civils à l’aéroport de Kananga, le 20 avril dernier. (© Clément Brelet)

Presque deux ans après le début du conflit, les bilans des combats vont de 400 morts, selon l’ONU, à plus de 3 000, selon l’Église catholique congolaise. Au moins 89 charniers ont été recensés par les Nations Unies. En dépit d’une accalmie depuis l’été 2017, de nouvelles attaques de miliciens se sont multipliées dans la région depuis novembre dernier.

Elles s’ajoutent désormais à une recrudescence des tensions interethniques qui "menacent de plonger cette région dans une nouvelle spirale de violences", craint l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Parce que 400 000 enfants risquent de mourir de faim

Menacées par les affrontements, les populations locales ont massivement fui à travers la brousse ou en direction de l’Angola voisin. Au cours de leur exode, les habitants du Kasaï se sont retrouvés dans des conditions d’hygiène et de salubrité extrêmement précaires. À ce jour, beaucoup ne sont toujours pas retournés dans leur village, craignant de nouvelles violences.

Isolées, démunies et privées de soins et de nourritures sur le long terme, ces familles déplacées tentent de survivre grâce à l’assistance d’ONG humanitaires présentes dans la région. Les premières victimes de cette situation dramatique sont les enfants.

Au moins 400 000 d’entre eux, en état de malnutrition aiguë sévère, risquent de mourir en 2018 si rien n’est fait, alerte l’ONU. À ce bilan déjà critique s’ajoutent près de 750 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë.

Face à cette situation, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) a annoncé mi-février l’intensification de son opération d’urgence en RDC pour empêcher la famine dans la région du Kasaï. Mais les moyens manquent. En 2017, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance n’a reçu que 15 % du financement nécessaire pour répondre aux besoins nutritionnels des enfants sur cette année.

Deux enfants et leur mère, le 15 avril dernier à Kananga. (© Clément Brelet)

Parce que les infrastructures ont été ravagées par les violences

À l’urgence alimentaire s’ajoutent les ravages matériels sur les zones touchées par le conflit. Villages détruits, écoles rasées, centres de santé pillés, ponts abattus… Autant de destructions qui contraignent les villageois à rester dans la brousse, compliquant leur accès à l’aide humanitaire.

Le mauvais état routier accentue aussi les problématiques logistiques. Conséquence : les camions de secours humanitaire peuvent mettre jusqu’à 10 jours pour acheminer de l’aide depuis la capitale Kinshasa, indique Action contre la Faim.

Autre sujet d’inquiétude, le nombre important de champs brûlés lors des exactions. Beaucoup de familles ont en effet vu leurs récoltes, leur stock de semences et leur bétail pillés ou réduits en cendre. Beaucoup de champs sont également restés en friche en raison du départ en masse des cultivateurs. Ces destructions contribuent à accentuer la crise alimentaire. Reconstruire et relancer la production agricole nécessitera forcément du temps et des moyens.

Parce qu’il est possible d’agir

Face à l’indifférence générale sur le sort de cette partie du monde, Konbini News a décidé de lancer une campagne de financement pour venir en aide aux populations du Kasaï. Nous avons été bouleversés de voir des milliers d’enfants et d’adultes souffrir de la faim, au point que leur vie soit menacée.

Pour agir, nous avons décidé de collecter des fonds au profit unique d’Action contre la Faim, ONG reconnue qui lutte depuis 40 ans contre la faim dans le monde, qui est présente sur le terrain pour tenter de couvrir les besoins les plus urgents du quotidien.

L’ONG est notamment chargée de distribuer de la nourriture, de prendre en charge médicalement les enfants les plus gravement touchés par la malnutrition, d’aider les habitants à reprendre la culture de leurs champs, notamment en leur fournissant des semences et des outils, ou encore d’améliorer l’accès à l’eau potable. Ensemble, il est possible de sauver des milliers de vies.