Que s’est-il passé devant le centre d’examens d’Arcueil ?

Les partiels de l’université de Nanterre ont finalement été reportés, après avoir été délocalisés.

Une centaine de personnes opposées à la réforme de l’université ont empêché vendredi 11 mai des étudiants de Nanterre de passer leurs partiels. Les examens avaient été délocalisés à Arcueil (Val-de-Marne) en raison de la paralysie de leur faculté, suscitant l’indignation du gouvernement.

Face aux tensions sur place, l’université de Nanterre a annoncé le report des partiels qui étaient prévus vendredi et samedi à la Maison des examens d’Arcueil, tout en "condamnant" et en "déplorant" l’action des bloqueurs.

Haut lieu de la mobilisation contre la loi sur l’accès à l’université, et bloquée depuis trois semaines, la fac des Hauts-de-Seine avait pris acte de l’impossibilité d’organiser des partiels sur son campus.

Devant le centre d’examen d’Arcueil, où devaient aussi composer des étudiants de Sciences-Po, des manifestants se sont positionnés très tôt devant les grilles du site pour en bloquer les accès, a constaté une journaliste de l’AFP.

Les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de libérer l’accès aux bâtiments. À plusieurs reprises, des étudiants ont essayé de forcer le passage ou d’entamer des négociations avec les bloqueurs, qui formaient une chaîne devant la rangée de CRS.

"La raison ne l’ayant pas emporté du côté des bloqueurs, nous avons pris la décision d’annuler ces examens", a déclaré sur BFMTV Jean-François Balaudé, président de l’université de Nanterre.

Désormais "un nouveau scénario" se dessine pour ces étudiants, avec "des formules alternatives d’examens à distance, en temps limité, en ligne, sécurisés", a-t-il poursuivi avant d'ajouter : "Examen il y aura, nos étudiants y tiennent, nous le leur devons et nous le ferons."

Les syndicats étudiants divisés

Le gouvernement a vivement dénoncé l’action des bloqueurs. Sur Twitter, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a jugé "inadmissible" qu’une minorité empêche les étudiants de passer leurs examens.

Le FN s’est de son côté indigné que des "crasseux d’extrême gauche" aient contraint l’État "à abdiquer" tandis que le député France insoumise Éric Coquerel, présent à Arcueil, saluait une "victoire" des étudiants.

"Inacceptable de voir une minorité bloquer une majorité désirant étudier. Irresponsabilité de certains 'responsables' politiques", a critiqué dans un tweet Christophe Castaner, le délégué général de La République en marche, en faisant allusion à Éric Coquerel.

À Arcueil, avant que tout le monde ait quitté les lieux en milieu de journée, de nombreux étudiants affichaient un air désabusé."Ça nous révolte. Je comprends leur manifestation, leurs revendications, mais bloquer la Maison des examens, des étudiants…", a lancé Sabrina, étudiante en première année de droit.

L’annonce de l’annulation a été saluée par les bloqueurs. "C’est une victoire et une preuve que la mobilisation peut payer", a dit Adrien, étudiant en droit social à Nanterre, espérant "un retrait de la loi".

D’autres ont, au contraire, laissé éclater leur colère. "C’est du foutage de gueule, je suis dégoûtée", a déclaré Andrea, étudiante en 2e année de droit.

Deux universités toujours bloquées

La mobilisation a divisé les syndicats étudiants. Lilâ le Bas, la présidente de l’Unef (opposée à la loi Vidal), a estimé que l’université de Nanterre était "la seule responsable" de l’épisode d’Arcueil. Mais Jimmy Losfeld, le président de la Fage, premier syndicat étudiant et soutien de la réforme, a appelé les pouvoirs publics à "mettre tout en œuvre pour que les examens aient lieu". Quant au syndicat Uni (droite), il a fustigé "le laxisme du gouvernement".

Nanterre fait partie des universités entièrement bloquées par les opposants à la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), accusée d’instaurer un système de "sélection".

Signe des tensions actuelles, six personnes – trois majeurs et trois mineurs – ont été placées en garde à vue vendredi au lendemain de violences commises, sur le site Malesherbes de l’université Paris-Sorbonne, à l’encontre d’étudiants opposés à la réforme Vidal.

Au plus fort de la contestation, quatre universités ont été bloquées et une dizaine de sites perturbés. Les forces de l’ordre sont intervenues pour lever les blocages à Tolbiac, Grenoble, Montpellier ou Toulouse.

Selon le ministère, deux universités restaient bloquées vendredi (Rennes-2 et Nanterre) et six perturbées (Limoges, Nantes, Marseille, Sorbonne Université, Lyon et Paris-8).

Konbini news avec AFP