Rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un : mais qui va payer l’addition ?

Dimanche 10 juin, le chef d’État nord-coréen est arrivé à Singapour, où il doit rencontrer son homologue américain Donald Trump. Mais qui va payer pour ce coûteux sommet ?

10 juin 2018 : arrivée de Kim Jong-un à l’aéroport de Changi, à Singapour. (© Terence Tan for Ministry of Communications and Information Singapore/Via Getty Images)

Après des mois de provocations successives, à grands coups de punchlines enfantines telles que "moi aussi j’ai un bouton nucléaire, mais il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien", Donald Trump et Kim Jong-un se rencontrent enfin.

Ils ont atterri dimanche 10 juin à Singapour, en vue du sommet historique qui aura lieu le mardi 12 juin sur l’île de Sentosa. Cette première rencontre doit leur permettre de parler de dénucléarisation et d’apaiser les tensions entre leurs deux pays.

Ce sommet a failli ne pas se tenir, et pour cause : Donald Trump l’avait d’abord annulé, avant de faire marche arrière. Mais ce n’est pas tout : la Corée du Nord avait fait savoir qu’elle refusait de payer pour son séjour. Or l’addition risque d’être plutôt salée. En effet, Kim Jong-un a demandé à séjourner à l’hôtel Fullerton, pour la modique somme de 6 000 dollars par nuit, rapporte The Independent.

Le problème, c’est que la porte-parole du Département d’État américain, Heather Nauert, a indiqué que son gouvernement ne paierait pas pour la délégation nord-coréenne, notamment en raison des sanctions économiques internationales imposées à Pyongyang. "Nous ne paierons pas pour leurs dépenses", a-t-elle déclaré dans un communiqué laconique.

L’ICAN propose de payer

Le ministre de la Défense singapourien, Song Young-moo, a évoqué la possibilité de payer pour "jouer un petit rôle dans cette rencontre historique". Mais le donateur surprise pourrait être une ONG.

En effet, les enjeux sont tels que le 2 juin dernier l’ICAN (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires) avait proposé de mettre de l’argent sur la table, pour que la rencontre entre les deux puissances ne soit pas annulée.

L’ONG peut se le permettre, car en remportant le Prix Nobel de la paix en 2017 elle avait touché une récompense de près d’un million d’euros. L’ICAN a donc proposé de se servir de cette somme "pour soutenir la paix dans la péninsule coréenne et un monde libéré des armes nucléaires". Et d’ajouter :

"Notre mouvement s’est engagé pour l’abolition des armes nucléaires et nous reconnaissons que ce sommet historique est une opportunité unique et rarissime de travailler pour la paix et le désarmement nucléaire."

"Si la tenue du sommet est menacée par des questions d’argent, nous sommes prêts à en prendre en charge le coût car il s’agit d’une rencontre historique importante", a confirmé à l’AFP Akira Kawasaki, un représentant de l’ICAN.

La Corée du Nord rechigne souvent à payer la note

Le leader nord-coréen, connu pour ses goûts de luxe, n’aurait-il pas les moyens de ses ambitions ? Interrogé par l’AFP, Sung-Yoon Lee, de l’École Fletcher de droit et de diplomatie de l’université américaine Tufts, pense qu’il s’agit simplement d’une question d’habitude : "Penser que le leader nord-coréen manque de liquide pour venir à Singapour est absurde ! […] Pyongyang est habitué à ce que les autres paient pour tous les engagements diplomatiques du régime reclus."

Pour preuve : lors des Jeux olympiques d’hiver qui se sont déroulés à Pyeongchang en février dernier, les coûts de déplacement de la délégation nord-coréenne se sont élevés à 2,86 milliards de wongs, soit 2,13 millions d’euros, comme le rapportait Le Figaro. Et c’est la Corée du Sud qui avait payé la facture de son voisin !

Ce budget colossal avait permis de couvrir les dépenses hôtelières, alimentaires ou encore de transport des athlètes, pom-pom girls et autres membres de la délégation. Rien que pour la venue de la sœur de Kim Jong-un, Kim Yo-jong, et de sa délégation à ces Jeux, c’est Séoul qui avait déboursé l’équivalent de 180 000 euros, le tout pour un séjour de seulement trois jours.

Par ailleurs, on observe une autre constante dans les déplacements de Kim Jong-un : ce dernier a pour habitude d’avoir ses toilettes personnelles portatives à disposition. Lee Yun-keol, qui a travaillé pour la sécurité du dirigeant nord-coréen, avait expliqué au Washington Post que "les excréments du leader contiennent des informations sur son état de santé, donc on ne peut pas les laisser traîner". On avait notamment pu apercevoir cette cabine mobile lors de sa rencontre avec le président sud-coréen, en avril dernier :