Quels sont les risques liés aux rejets toxiques de l’usine Sanofi qui fabrique la Dépakine ?

La coordinatrice du réseau Risques et Impacts Industriels de l’association France Nature Environnement (FNE), Solène Demonet, nous aide à y voir plus clair.

Solène Demonet © F. Poussin

En 1975, le laboratoire Sanofi a installé une de ses usines sur la plateforme industrielle de Lacq, à Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques. C’est dans cette même usine qu’est fabriqué depuis le valproate de sodium, à la base de son médicament antiépileptique, la Dépakine, tristement célèbre pour avoir été prescrit à des femmes enceintes, au mépris des risques pour le fœtus.

Dimanche 8 juillet, Franceinfo a révélé que la fabrique de Dépakine de Mourenx émet des rejets toxiques 190 000 fois supérieurs à la norme autorisée. Solène Demonet, coordinatrice du réseau Risques et Impacts Industriels de l’association France Nature Environnement (FNE), qui a décidé lundi 9 juillet de porter plainte contre l’usine, nous explique les risques.

 

Konbini | Pourquoi les rejets de cette usine sont-ils problématiques ?

Solène Demonet | Comme toutes les usines, Sanofi a une autorisation. Le problème avec l’usine de Mourenx, c’est qu’elle rejette beaucoup plus que la norme autorisée, notamment du bromopropane, qui est une substance très préoccupante, parce qu’elle est cancérigène. Normalement, l’usine peut rejeter 2 mg par m3, sauf qu’on a constaté qu’elle émettait jusqu’à 380 000 mg par m3, soit 190 000 fois la dose autorisée. C’est énorme !

Qui contrôle le respect de ces autorisations ?

Le site de Sanofi, à Mourenx, est une installation soumise à autorisation préfectorale. C’est l’inspection des installations classées de la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (DREAL) qui vient faire des contrôles inopinés ou planifiés. Sanofi aurait dû l’avertir quand le surclassement a été constaté. Mais ça n’a pas été fait.

Les premiers dépassements ont été relevés en octobre 2017. Sanofi a attendu que le deuxième prélèvement soit réalisé et qu’une inspection soit prévue pour alerter. C’est un vrai problème : la DREAL aurait dû être informée de ces dépassements dès octobre 2017, pour pouvoir prendre des mesures immédiatement.

Comment se matérialise cette pollution ?

Les substances qui sont massivement envoyées dans l’air sont inodores et incolores. Tant que Sanofi n’aura pas publié les résultats des études faites, on ne pourra pas vraiment savoir depuis combien de temps ça dure, quelles quantités ont été émises et combien de personnes ont été exposées.

"Il y aura des répercussions sur les générations futures"

Que risquent ces personnes exposées ?

On peut observer des irritations de la peau, des organes internes ou encore des yeux. Et surtout, on constate des problèmes “reprotoxiques”, c’est-à-dire que les femmes enceintes exposées au bromopropane peuvent présenter des risques de malformation du fœtus. De manière générale, cela peut avoir des conséquences sur la fertilité. Il y aura des répercussions sur les générations futures. Comme c’est inodore et incolore, on ne sait pas qui a été exposé. C’est tout l’enjeu des prochaines études à mener.

Embryon de 11 semaines © Creative Commons

Comment expliquer l’ampleur du dépassement ?

Sanofi est installé sur le site de Lacq depuis 1975. Ils ont fait des travaux et bénéficié d’une nouvelle autorisation en 2012. On peut donc penser que leur site est entretenu. Soit il y a un problème de maîtrise de leur "process", ce qui est vraiment inquiétant — ça veut dire qu’on ne connaît pas l’ampleur de l’envoi de bromopropane dans l’air —, soit Sanofi est négligent sur ce site. Et ça, il faudra le démontrer plus tard.

Actuellement, c’est la préfecture qui est aux manettes. On attend donc d’elle qu’elle mette fin à cette pollution. Vu l’ampleur de ces rejets massifs, on ne voit pas d’autres solutions que la fermeture administrative du site, le temps que Sanofi fasse des travaux.

 

Une réunion doit se tenir mercredi 11 juillet entre des représentants locaux de France Nature Environnement et la préfecture des Pyrénées-Atlantiques.