Chaque semaine, 4 défenseurs de l’environnement sont assassinés pour leur combat

Défendre l’environnement est une activité à haut risque, alerte une ONG britannique. Le nombre d’activistes éliminés pour leur lutte ne cesse de croître depuis 2013, jusqu’à dépasser les 200 victimes en 2017.

(© Mohd Zakir/Hindustan Times via Getty Images)

"À quel prix ?", s’interroge l’organisation Global Witness, dans un rapport publié mardi 24 juillet. À quel prix défendre le droit à la terre, l’écosystème voire les animaux pourchassés ? Celui de la vie, pour au moins 207 personnes, leaders sociaux ou simples anonymes, sur la seule année 2017, soit 7 de plus qu’en 2016. C’est un triste record enregistré par l’ONG britannique, probablement en deçà de la réalité en raison de la difficulté à collecter ces informations, et qui sanctionne le risque de porter des combats écologiques. Global Witness cite en exemple plusieurs faits divers sanglants.

Spoliation et bâillonnement

Hernán Bedoya protestait depuis 2012 contre la déforestation et l’expropriation des terres par les exploitants de bananes et d’huile de palme, dans la région de Pedeguita y Mancilla en Colombie. Il a été assassiné le 8 décembre 2017 par un groupe paramilitaire colombien.

Quelques jours plus tôt, huit Philippins ont été abattus par des militaires après avoir manifesté contre l’extension d’une exploitation de café. Le "massacre du Lac Sebu" a aussi laissé 5 blessés sur place et forcé 200 personnes à fuir les lieux.

Au Brésil, au printemps 2017, des fermiers se sont armés de machettes pour attaquer une tribu indigène qui avait tenté de protéger ses terres de l’exploitation forestière, blessant 22 personnes dont plusieurs enfants.

Au cours de l’année passée, 24 personnes ont également été tuées en tentant de sauver des animaux du braconnage. L’organisation cite en particulier les gardes forestiers sur le continent africain mais dénombre aussi le double meurtre de Xavier Ribes Villas and David Iglesias Díez, assassinés en janvier 2017 par un chasseur catalan.

Selon le rapport de Global Witness, un quart des victimes recensées ont trouvé la mort sur fond d’"agrobusiness".

Citée par Libération, l’ONG Front Line Defenders corrobore le bilan de sa consœur : sur l’ensemble des militants des droits humains assassinés en 2017, 70 % défendaient une cause environnementale.

Industriels, politiques et consommateurs en procès

"Cette violence est directement liée aux produits que nous stockons dans nos placards", avertit ainsi Global Witness par communiqué."L’agriculture à grande échelle, l’extraction minière, le braconnage et l’abattage produisent des matériaux et ingrédients qui entrent dans la fabrication de produits vendus en supermarché comme l’huile de palme pour les shampooings, le soja pour nourrir les bovins, et le bois pour les meubles", développe l’ONG

D’après celle-ci, l’un des "points les plus choquants" de son rapport, c’est la part d’homicides "commis par les forces de sécurité gouvernementales à la demande de leurs chefs politiques et en liaison avec l’industrie."

22 pays sont touchés par le rapport de Global Witness, le Brésil (57 meurtres), les Philippines (48), la Colombie (24), le Mexique (15), la République démocratique du Congo (13) et l’Inde (11) en premières lignes, et 60 % des crimes enregistrés ont été commis en Amérique latine.

Au Honduras, 120 militants écologistes ont été assassinés depuis 2010. Konbini News était parti en reportage à la rencontre de ceux qui protestent au péril de leur vie :