Témoignage : chez moi, c’est la campagne, y’a rien !

Elle a grandi à la campagne. Alice a vu son village évoluer, pas forcément dans le bon sens, les commerces fermer, les jeunes partir. C’est pas facile quand on a 20 ans.

(© La Famille Bélier)

Vu de chez moi, il y a un champ à gauche, un champ à droite, un champ derrière moi, et la maison de ma voisine. J’habite à la campagne, à Broye, en Saône-et-Loire. Et là-bas il n’y a rien, juste un stade et un cimetière. Ça fait un peu vieux village abandonné, le même genre que dans un film d’horreur. Quand je suis chez moi, je m’ennuie souvent. Presque tout le temps. J’essaie de m’occuper comme je peux : j’écoute de la musique, je lis, je prends des photos du paysage.

Quand j’étais petite, il y avait une boucherie, une boulangerie, un coiffeur, une épicerie, mais maintenant, plus rien. Les commerces se sont tous vidés. En même pas un an. La boucherie d’abord, puis quelques mois plus tard ça a été le coiffeur, la boulangerie et l’épicerie. Ils n’avaient pas assez de clientèle. D’autres commerces ont essayé de s’installer mais ils ne sont jamais restés plus de quelques mois.

Il n’y a pas de transports en commun. Alors, pour les courses, on doit faire entre 20 et 30 minutes en voiture. Il y a juste un bus qui passe une fois par semaine, le jeudi à 11 heures, pour emmener les personnes âgées à Autun. Quand je rentre chez moi, les seules voitures que je croise, c’est celles des gens qui vont chercher leurs enfants à la maternelle, la seule école du village ! Mais elle aussi va bientôt fermer… pas assez d’enfants !

Je crois être une des dernières de mon âge, de moins de 25 ans. La plupart de mes amis d’enfance sont dans d’autres villes : Avignon, Lyon, Mâcon… Certains sont aussi partis à l’étranger, en Allemagne et en Angleterre, faire leurs études et s’y sont installés.

Étudier ? Pour ça il faut partir

Quand j’étais petite, on devait être 800 habitants. Aujourd’hui on n’est pas plus de 400 ! Sur la liste électorale, ça ne fait pas grand monde… Les jeunes de Broye partent tous, et ça se comprend. Il n’y a pas de collège, ni de lycée, donc ils vont faire leurs études ailleurs.

Quand je suis allée au lycée, c’était quand même à trois quarts d’heure de voiture. Du coup, ce sont mes parents qui m’emmenaient et je restais en internat la semaine. Pour moi, c’était une nécessité de passer le permis, pour pouvoir aller au lycée et en ville. Juste avant la terminale, pendant les grandes vacances, j’ai passé le code, même pas un mois de leçons de conduite, et le 16 septembre, j’ai obtenu le permis.

À la rentrée, j’ai pu me débrouiller. J’ai récupéré une des voitures que mes parents utilisaient le moins, pour ne plus dépendre d’eux. J’allais parfois au Creusot garder les enfants de ma sœur, ou à Montceau-les-Mines… dans une ville quoi. Là-bas je peux aller au ciné, faire les boutiques, il y a plein de commerces.

Aujourd’hui, ça fait deux ans et demi que j’ai arrêté le lycée. Ma meilleure amie est partie à Sens et moi j’ai redoublé ma terminale. Toute seule, j’étais moins motivée et je n’allais plus en cours. J’ai passé mon bac uniquement pour faire acte de présence.

J’ai mis un peu de sous de côté en bossant en tant qu’ASH (Agent des services hospitaliers) à l’hôpital car je ne compte pas rester ici. Dans un premier temps, je compte me prendre un appartement avec ma meilleure amie à Sens. Et après, on compte aller vivre à l’étranger. On hésite entre la Nouvelle-Calédonie, New York, Barcelone, la Corée du Sud ou alors le Japon.

Enfin, dans tous les cas on prépare notre départ, on est sûres de nous, motivées à partir d’ici. Pour commencer une nouvelle vie, une qui nous ressemble et qui nous donne envie.

Alice, 20 ans, en formation, Broye

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.