Témoignage : mon pote, viré de chez lui parce qu’il est gay

Sa mère n’a pas supporté son coming out. Mis dehors sans sommation, Lucas a eu la chance que Typhaine l’héberge et s’occupe de lui, mais cela n’a pas suffi…

Call Me by Your Name. (© Sony Pictures)

Un soir, j’ai reçu un appel. C’était Lucas, mon meilleur ami, qui m’appelait pour me dire qu’il avait été mis dehors. Sans réfléchir, j’ai expliqué la situation à mes parents, qui ont accepté qu’on l’héberge le temps que ça aille mieux pour lui.

Il m’a expliqué qu’il avait dit à sa mère qu’il était gay et amoureux. Sa mère a réagi au quart de tour. Elle l’a mis dehors. Les jours suivants, il n’avait aucune nouvelle d’elle et il persistait à l’appeler, sans réponse. Il m’a dit plusieurs fois qu’il s’en voulait, qu’il regrettait parce qu’il n’avait pas à faire ça à sa mère.

Trois semaines après, il a enfin reçu un appel de sa mère. J’ai pu voir la joie sur son visage, une joie que je n’avais pas vue depuis longtemps. Mais il s’est vite rendu compte que ce n’était pas pour lui qu’elle appelait : elle avait elle-même été mise à la rue, elle avait tout perdu et elle avait besoin de lui.

Il a supplié mes parents d’héberger sa mère. Il espérait un nouveau départ, une nouvelle vie. Mes parents ont accepté. On espérait que tout allait s’arranger pour lui. Seulement, une fois sa mère arrivée chez nous et installée, son fils n’existait plus.

Elle lui a fait comprendre qu’il n’était plus rien pour elle, qu’il la dégoûtait, et elle lui a demandé comment il avait pu lui faire ça. Son état se dégradait encore plus depuis qu’elle était là, et l’ambiance devenait vraiment nocive. Nous avons gentiment demandé à sa mère de partir et de trouver un autre endroit pour vivre.

Se faire rejeter par sa mère, c’était trop dur

Au bout de quelques mois, Lucas habitait une semaine sur deux chez moi et l’autre semaine chez un ami commun. Il fallait à tout prix qu’il continue à aller en cours, à vivre et surtout qu’il ne s’enferme pas sur lui-même et ses problèmes. C’était dur et il m’a dit plusieurs fois qu’il aimerait que tout se finisse, mais je ne l’ai jamais pris réellement comme une envie de mourir.

On pensait bien faire et lui permettre de vivre une vie assez correcte malgré ses problèmes. Mais un jour, ma mère et moi l’avons découvert essayant de mettre fin à ses jours. À ce moment-là, lui et moi avons partagé un sentiment commun : l’impression d’avoir tout raté.

Nous avons prévenu sa mère qu’il était à l’hôpital, pensant que, malgré tout, elle viendrait. Elle n’a pas répondu aux appels de ma mère, ni à ceux de l’hôpital qui était contraint de l’appeler – il fallait un tuteur légal.

Il s’en est sorti sans réelle séquelle, mais rien ne s’est arrangé : sa mère ne le considérerait plus comme son fils, tant qu’il serait gay. Elle ne veut plus jamais entendre parler de lui. Il y a eu un jugement après ça, et il a été placé, pour son bien. Aujourd’hui, il n’a plus de nouvelles de sa mère et ne cherche pas à en avoir. Il a compris qu’il ne pourra pas changer ce qu’il est pour quelqu’un.

Typhaine, 16 ans, lycéenne, Paris

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.