L’administration Trump s’attaque à la loi qui sauve les espèces menacées depuis 45 ans

C’est le flambeau américain de la cause environnementale. L’Endangered Species Act protège depuis 45 ans les espèces menacées aux États-Unis, mais vacille sous les coups portés par l’administration Trump.

© Tim Parker/USFWS

Fierté nationale

Mammifères, poissons, arbres, reptiles, fleurs, insectes… Ce texte protège plus de 1 600 espèces animales et végétales - mais aussi leur habitat - de la chasse, de la pêche ou du trafic outre-Atlantique. Pionnier dans le domaine de la défense écologique lorsqu’il fut adopté en 1973 par le président Nixon, l’Endangered Species Act est aussi populaire qu’efficace : 4 Américains sur 5 la soutiennent selon une étude publiée le 19 juillet, et 99 % des espèces inscrites dans la loi ont ainsi évité l’extinction, à l’instar de la baleine à bosse, de l’alligator américain, du grizzli, du condor de Californie ou même du pygargue à tête blanche, le célèbre aigle US figure du décorum présidentiel américain (et qui avait donné du fil à retordre à Donald Trump lors d’un shooting du Time).

Dans les coulisses du shooting de la couverture de Time avec Donald Trump et un pygargue à tête blanche américaine.

Dans le viseur

Il y est écrit en toutes lettres que les décisions pour la protection des animaux doivent être prises "sans tenir compte des répercussions économiques", c’est-à-dire sans prendre en considération l’interruption du développement résidentiel ou commercial, les restrictions de l’exploitation des terres, etc. que peuvent entraîner les mesures de conservation d’une espèce. Un verrou que l’administration Trump souhaite faire sauter, ont annoncé le 19 juillet les départements de l’Intérieur et du Commerce : à l’avenir, les décisions devront simplement être fondées sur les "meilleurs connaissances scientifiques et commerciales".

Le gouvernement américain souhaite également balayer une clause qui accorde la même protection aux espèces qui sont en danger immédiat d’extinction et à celles qui risquent d’être menacées dans un "avenir prévisible". L’administration Trump désire aussi préciser cette notion de "prévisible" ce qui, selon Bob Dreher de l’association Defenders of Wildlife cité par le New York Times, risque de mépriser les conséquences au long terme du réchauffement climatique. "S’ils le définissent de façon restrictive, ils fermeront les yeux sur le fait que 30 ans plus tard, les ours polaires seront menacés en raison de l’élévation du niveau de la mer", cite en exemple ce spécialiste de la conservation animale et végétale.

Écologie contre industrie

L’Office fédéral de préservation de la nature assure que ces modifications permettraient une protection "sur-mesure" des espèces non encore reconnue comme "menacées", mais les militants écologiques voient rouge, dénoncent une mise en danger de la faune et de la flore et pointent du doigt un autre allègement du texte proposé par le gouvernement : ne plus obliger les agences fédérales à consulter la communauté scientifique avant d’accorder un permis de forage gazier, pétrolier, ou encore d’exploitation forestière.

Pour le sénateur démocrate Tom Carper, les propositions du gouvernement sont "un exemple supplémentaire de la priorité donnée par l’administration Trump à l’industrie plutôt qu’aux intérêts du peuple américain", relaie l’AFP.

Ces modifications du texte voulues par l’administration Trump seront soumises à une consultation publique sur Internet pendant 60 jours et pourraient être adoptées dès fin 2018.