Venezuela : la victoire controversée de Maduro à l’élection présidentielle

Dimanche 20 mai 2018, Nicolas Maduro est proclamé vainqueur de la présidentielle au Venezuela. Alors qu’il a obtenu près de 70 % des voix, son élection est contestée par l’opposition et fait l’objet d’une condamnation internationale presque unanime. En effet, les électeurs ont reçu une prime en échange de leur vote.

Seize millions de Vénézuéliens étaient appelés à voter dimanche à la présidentielle anticipée dont Nicolas Maduro était le grand favori, bien que 75 % des habitants du pays désapprouvent sa présidence, lassés par les pénuries de nourriture, de médicaments, d’eau, d’électricité, de transports et la hausse de l’insécurité et de l’inflation.

Mais le processus électoral est controversé. Henri Falcon, principal adversaire de Nicolas Maduro, et l’opposant Javier Bertucci, pasteur évangélique, ont accusé le camp présidentiel d’exercer un "chantage" au vote et un "contrôle social" sur les citoyens : "On est en train de manipuler gravement le vote", a déclaré Javier Bertucci.

De son côté, Henri Falcon a affirmé, lors d’une conférence de presse : "C’est jouer avec la faim de nos compatriotes […]. Nous ne reconnaissons pas ce processus électoral, pour nous, il n’y a pas eu d’élection. Une nouvelle élection doit être organisée au Venezuela." Il a en effet exigé la tenue d’une nouvelle élection avant la fin de l’année.

Un vote, une récompense

Le gouvernement est accusé de faire pression sur les électeurs avec un système de "points rouges". En pratique, les électeurs étaient invités à présenter leur "carnet de la patrie"(créé par le système Maduro) dans les tentes baptisées "points rouges", qui est une carte avec un code qui contient toutes les données sociales de son propriétaire.

En présentant cette carte dans les stands "points rouges", les électeurs ont pu toucher un bon donnant droit à une aide, selon Le Monde. Et même si rien ne prouve à quel candidat le vote de l’électeur est allé, la pression imposée par ce système est telle qu’il est impensable pour un votant de ne pas donner sa voix à Nicolas Maduro.

D’après Henri Falcon, les électeurs auraient reçu un virement de 10 millions de bolivars (environ 100 euros) après avoir voté. Et ce ne sont pas moins de 12 711 stands "points rouges" qui ont été installés dans tout le Venezuela, "ce qui représente 87,6 % des 14 000 bureaux de vote", affirme M. Falcon, selon France Soir.

Maduro accusé de saper la démocratie

En plus de l’opposition, les États-Unis, l’Union européenne, le groupe de Lima et une alliance de 14 pays d’Amérique et des Caraïbes rejettent ce scrutin qu’ils n’estiment pas légitime. L’Union européenne et la Colombie ont notamment affirmé qu’elles ne reconnaîtraient pas les résultats de cette élection.

En proie à la chute des cours du pétrole, le Venezuela a été meurtri au printemps 2017 par une vague de manifestations qui exigeaient le départ de Nicolas Maduro et avaient fait au moins 125 morts. La population subit toujours aujourd’hui une crise aiguë et lutte pour survivre.