Vent de liesse en Arménie après l’élection de Nikol Pachinian

Le pays fête la réussite de la "révolution de velours".

(© Twitter)

Serge Sarkissian espérait troquer son poste de président de la République contre celui de Premier ministre – façon Vladimir Poutine en 2008. Après avoir fait passer une réforme constitutionnelle qui renforce les pouvoirs du Premier ministre, il réussit donc à se faire élire chef de gouvernement par l’Assemblée au début du mois d’avril. Serge Sarkissian pensait alors garder la main sur le pays.

Cette stratégie éprouvée n’a toutefois pas été du goût du peuple arménien. Dès le début de ce tour de passe-passe politique, Nikol Pachinian, ancien journaliste d’investigation et opposant politique de longue date, appelle au soulèvement.

Quelque trois semaines plus tard, mardi 8 mai, il est officiellement élu Premier ministre. "On vit enfin dans un pays indépendant," s’exclame Marta Manvelyan, dentiste à Erevan.

(© Wikipédia)

"On dansait, on chantait !"

Hier soir, la liesse s’était emparée des rues de la capitale. Plusieurs centaines d’Arméniens s’étaient pressés sur la place de la République, pour suivre en direct les résultats des élections. "Dès qu’on a appris que le Parlement a voté pour le candidat du peuple, Nikol Pachinian, tout le monde a commencé à applaudir, crier et sauter de joie. On dansait, on chantait. Le peuple était très enthousiaste", raconte Anna Baghdasaryan, journaliste et traductrice à Erevan.

Beaucoup de jeunes avaient revêtu un T-shirt blanc, symbole de pureté et de justice. "Cette révolution a été majoritairement organisée et gagnée par la jeunesse", résume la journaliste arménienne Anna Baghdasaryan. En effet ce sont les premiers à répondre à l’appel lancé par Nikol Pachinian le 13 avril dernier.

Rapidement, la fronde gagne toutes les couches de la population et les manifestants bloquent les routes et les chemins de fer. "On était tous dans la rue avec ma famille, mon oncle des États-unis, tous mes amis, riches comme pauvres", raconte Marta Manvelyan.

Les maîtres-mots du soulèvement sont la paix et la tolérance. Nikol Pachinian, 42 ans, a déjà connu la prison après avoir mené la contestation contre la victoire de Serge Sarkissian à l’élection présidentielle en 2008. Dix personnes avaient alors été tuées lors de ces protestations qui s’étaient transformées en émeutes comme le rappelle RFI. La fronde lancée mi-avril sera donc une "révolution de velours", selon les termes du fondateur du parti "Contrat civil".

Hier soir tout le monde faisait la fête à Erevan et se félicitait de ce tour de force politique. L’élection de Nikol Pachinian était en effet loin d’être gagnée. Lorsque Serge Sarkissian démissionne, acculé par la révolution pacifique le 23 avril dernier, il laisse derrière lui un Parlement toujours acquis à sa cause : le Parti républicain d’Arménie. Aussi lorsque Nikol Pachinian se présente pour la première fois devant l’Assemblée, le 1er mai, il se heurte à un mur.

"Le peuple avait perdu espoir"

"Personne n’imaginait que ce mouvement serait capable de réunir tout le peuple qui avait déjà perdu espoir", explique Anna Baghdasaryan. Nikol Pachinian a donc dû convaincre les députés un à un de voter pour lui. C’est certainement dans l’espoir de sauver leur siège que certains membres du parti républicain ont finalement cédé, à 58 voix contre 42, selon France Info.

Nikol Pachinian doit présenter son programme politique dans les 20 jours qui viennent : une feuille de route pour en finir avec le système de corruption, vestige de cette république post-soviétique. De nouvelles élections législatives devraient aussi avoir lieu dans les prochains jours.

"Maintenant on peut commencer à croire en nous, faire entendre notre voix, maintenant on peut faire ce qu’on veut, après avoir été gouverné pendant 30 ans par des tyrans", se félicite Marta Manvelyan confiante.