“Faut-il être un homme pour faire de la mécanique ?” : la discrimination sexiste à l'embauche épinglée

Pour exercer certains métiers, mieux vaut s’appeler Thomas que Julie.

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La Fondation des femmes, en partenariat avec Femme actuelle, pointe du doigt ce lundi 5 novembre la discrimination à l’embauche en fonction du sexe en France. La Fondation a publié un rapport, dans lequel elle rappelle en préambule l’article de loi du Code du travail qui stipule :

“Nul ne peut : refuser d’embaucher une personne, prononcer une mutation, résilier ou refuser de renouveler le contrat de travail d’un salarié en considération du sexe, de la situation de famille ou de la grossesse sur la base de critères de choix différents selon le sexe, la situation de famille ou la grossesse.”

Partant du postulat que “la moitié des femmes sont concentrées dans une dizaine de professions”, l’étude a cherché à savoir pourquoi les femmes semblaient exclues de certains métiers dits "masculinisés". Par "emploi masculinisé", “il est entendu tout emploi pour lequel la part des femmes est inférieure d’au moins 15 points à la part moyenne des femmes tous métiers confondus”. Les métiers des travaux publics, de l’automobile, de la livraison et de l’industrie sont particulièrement ciblés.

Cette étude, grâce à l’envoi de plus de 900 CV en sept mois aux noms de Thomas et Julie, deux candidats fictifs disposant de compétences égales, a permis de montrer "qu’une femme candidate à un emploi dit ‘masculinisé’ a 22 % de chances de moins qu’un homme candidat d’être rappelée par un employeur pour un entretien”, c’est-à-dire qu'“à compétences égales, si 100 hommes reçoivent une réponse positive, alors seulement 78 femmes en recevront une”. Pour être chauffeur·se ou livreur·se, l’écart est porté à 34,2 %.

"Ce testing montre que ce n’est pas aux femmes de culpabiliser de ne pas y arriver"

Dans un communiqué de presse, la Fondation des femmes pose la question : "faut-il être un homme pour faire de la mécanique ?" Mais au-delà de ça, elle estime que ces résultats ne reflètent pas l’ampleur réelle des discriminations en France.

Pour justifier cette affirmation, deux explications sont avancées : “le candidat de référence – l’homme – est relancé plusieurs fois par l’employeur·se alors que la candidate n’est contactée qu’une seule fois” et “le candidat de référence est contacté avant la candidate par l’employeur·se alors que le CV de la candidate a systématiquement été envoyé en premier”.

Pour Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, le constat final est le suivant : “ce testing montre que ce n’est pas aux femmes de culpabiliser de ne pas y arriver, mais aux employeurs de respecter la loi.” Et de conclure : “les femmes ont assez entendu de grands discours sur l’égalité, il faut que les choses changent dans la réalité.”

La secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, interrogée sur Europe 1, a vu dans cette étude une explication aux inégalités salariales : “discriminées, certaines femmes vont s’autocensurer, baisser leurs prétentions salariales”. “C’est une des raisons des inégalités de salaires hommes-femmes”, a-t-elle ajouté.